🔻 En Guadeloupe, finie la pêche au lambi, pour préserver la ressource 

Photo d'illustration ©Sweet Mellow Chill de Pixabay

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Pas de lambis sur les tables guadeloupéennes pour cette fin d’année. Alors que ce gros coquillage rose, dont les Antillais raffolent, se récolte entre octobre et janvier, l’interdiction de la pêche a été décidée, à la demande des pêcheurs eux-mêmes, pour préserver la ressource en voie de disparition.

« Le conseil du Comité des pêches a voté à l’unanimité l’arrêt de la pêche« , précise Charly Vincent, son président. Suite à cette décision, la préfecture a pris un arrêté en octobre interdisant toute récolte du précieux mollusque, pourtant extrêmement rentable. « D’année en année, on s’est aperçu que la ressource diminuait, explique Charly Vincent. Entre 2018 et 2019, on a doublé le nombre de pêcheurs et divisé par deux la quantité totale de coquillages ramenés. » Le lambi est un coquillage endémique de la Caraïbe. L’ensemble du bassin en dispose, mais la ressource se raréfie partout. Déjà en 1993, une thèse d’océanologie soutenue devant l’Ifremer signalait, pour la Martinique, une « diminution de la production, des rendements et l’abaissement de la taille de première capture depuis une trentaine d’années« .

« Nous ne voulons pas être responsables de l’extinction d’une espèce et préférons nous imposer ça à nous-mêmes, plutôt que ça soit l’État qui le fasse« , assure Charly Vincent. Car le lambi fait partie des animaux menacés. Seuls les pêcheurs assermentés ont le droit de les prélever et le braconnage est sévèrement puni. « Sur 100 lambis, 72 partent aux Etats-Unis, 27 aux Antilles françaises, 1 dans le reste du monde« , détaille Charly Vincent. « C’est dire si nous sommes de vrais consommateurs« . À tel point que des restaurants en ont fait leur produit phare. « A notre démarrage, on utilisait 30 à 40 kg de chair de lambi par semaine« , explique Cassandra Bourgarel, fondatrice de Lambi’s and Co, une enseigne qui attire touristes et locaux, mais doit aujourd’hui s’adapter. Désormais, elle propose aussi poissons et langoustes. Et encore un peu de lambis, qu’elle a congelés « de la saison dernière« . « Et puis on peut en trouver d’autres provenances« , dit-elle, notamment d’Antigua ou de Jamaïque.

Une majorité des pêcheurs (on en compte entre 30 et 70 officiels selon les saisons) accepte l’arrêt de la pêche. Installé à Port-Louis (nord-est), Bruno Loyson comprend l’interdiction, même si, dit-il, « on est victimes de ça« . « En saison, on se concentre sur le lambi car c’est la pêche la plus rentable. Un lambi, c’est environ 350 g de chair. A 20 euros le kilo, on a vite fait de faire son chiffre annuel« , explique-t-il. « On pouvait parfois en remonter jusqu’à 2.000 par saison« , en apnée ou au trémail, un filet emmêlant, beaucoup plus performant. « Si on pêche moins, c’est que tout le monde se jette dessus et que c’est une économie de braconnage« , fustige Philippe Mounier, pêcheur de Saint-François qui regrette qu’aucune indemnisation ne soit prévue, la baisse du stock venant de l’activité de pêche. Il a déposé un recours contre l’arrêté préfectoral, et doit se rabattre désormais sur la langouste. « Sauf qu’avec la pandémie, aucun des restaurateurs à qui j’en vends d’habitude n’en veut : ils n’ont pas de clients. »

Un lambi naît et grandit en quatre ans. « Pour reconstituer le stock de façon complète, il faudrait six ans pleins« , souligne Charly Vincent, le président du comité des pêches, qui prévoit au moins trois ans d’arrêt. Avec un indicateur : « quand on aura retrouvé 50 lambis par hectare, on pourra dire que le stock est à nouveau sain. » « Il y a quelques années le stock était vidé, et on avait cessé la pêche« , raconte David Dabrion, pêcheur du Gosier. « Et quand elle a repris, en un mois, tout a été rasé. Alors, là, maintenant, il n’y en a plus du tout. »