L’érosion côtière, « phénomène naturel » gérable un temps mais combat « perdu d’avance »

310
⏱ Lecture 2 mn.

Le recul des côtes sous l’effet de l’érosion littorale est un « phénomène naturel » à l’oeuvre depuis des millénaires mais dont les conséquences vont être aggravées par le changement climatique, explique Nicolas Bernon, ingénieur en risques côtiers à l’Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine.

Qu’est-ce que l’érosion côtière, qui menace 50.000 habitations du littoral français d’ici 2100 ?

C’est un phénomène naturel, où l’océan vient grignoter les plages et les dunes. Le sable a été formé au cours d’une période glaciaire, avec des fleuves qui charriaient énormément de sédiments.  Avec le réchauffement naturel de la planète, observé il y a entre 18.000 et 6.000 ans, le niveau marin s’est élevé, les côtes ont reculé de dizaines de kilomètres et les fleuves ont apporté beaucoup moins de matériaux.  On vit aujourd’hui sur un stock constitué il y a plusieurs millénaires et qui se fait petit à petit grignoter. L’hiver, les vagues transportent au large le sable déposé l’été précédent par le vent. Selon les marées et le niveau de la mer, elles peuvent frapper jusqu’au pied de la dune.  Les tempêtes classiques peuvent alors faire reculer les plages de 10 à 20 mètres par endroits, c’était le cas à l’île d’Oléron cet automne. Elles se ré-engraissent ensuite durant l’été mais sans forcément compenser les pertes. Par exemple, en Gironde, la côte recule en moyenne de 2,5 mètres chaque année.

Quels effets aura le changement climatique sur l’érosion ?

Le changement en cours va influencer plusieurs variables climatiques et océanographiques.  Il peut jouer sur les régimes de vagues, de vents, de tempêtes et amener des pluies plus intenses qui agiront sur l’érosion des falaises. Mais la variable la plus importante, c’est l’élévation du niveau marin.  En 2050, quel que soit le niveau des émissions de gaz à effet serre, on sera à une élévation de 20 cm du niveau de la mer. Selon les méthodes de calcul, elle entraînera, sur les plages, un recul supplémentaire de 5 à 20 mètres du trait de côte.  D’ici 2100, entre le scénario le plus optimiste des baisses d’émissions et la poursuite de la tendance actuelle, l’élévation du niveau marin sera comprise entre 42 et 73 cm: le pied de dune va être plus fréquemment attaqué par les vagues.

Comment peut-on gérer le recul des côtes ?

Cela dépend du contexte local et de la dynamique de recul. D’abord, il y a tout ce qui relève du génie écologique. On peut jardiner les dunes: y mettre des brise-vents, des branchages ou des filets pour y conserver le sable.  Ensuite, la lutte active souple consiste à prendre du sable là où il est excédentaire pour aller le déposer là où il manque. C’est vertueux si c’est bien fait mais cela exige d’être juste dans l’évaluation des stocks.  Les protections dures, souvent des enrochements longitudinaux empêchant les vagues d’attaquer la dune, ou des épis perpendiculaires qui gardent le sable dérivant vers le sud, permettent de maintenir le front de mer. Mais ces ouvrages nécessitent un lourd entretien et accélèrent l’érosion de part et d’autre des points durs.  L’observation scientifique, pour savoir d’où, de combien et comment on recule, et l’aménagement durable sont indispensables. Aujourd’hui, l’aménagement du territoire prend en compte tous les aléas et cela peut aller jusqu’à la relocalisation des bâtiments.  Toutes ces méthodes sont efficaces mais quoi que l’on fasse, le combat est perdu d’avance. La question c’est quand ? Est-ce qu’on est en mesure de s’adapter ? Comment ? Et ces stratégies de gestion appartiennent aux territoires.