Un voyage vers le Grand Nord (épisode 3/6)

13
Eve S. Philomène
⏱ Lecture 2 mn.

Par Eve S. Philomène

Épisode 3 : Construire un feu

Il y a deux options aujourd’hui : faire dix kilomètres et planter la tente, ou faire seize kilomètres et dormir dans une cabane. Le choix est vite fait, vu le froid.

Moi qui suis désormais habituée au charme des pentes raides alpines, des parois rocheuses et des glaciers torturés, me voilà immédiatement amoureuse de la douceur des reliefs, des lumières hivernales et de la forêt de bouleaux du pays sami. Changement d’univers et nouvelle passion.

Nous contournons un sommet peu pentu au pied duquel devrait se trouver la cabane repérée à l’avance sur un site finnois. Là, nous grimpons sur nos pulkas, les skis de chaque côté de cette luge nordique, et glissons avec bonheur sur la neige tassée par le vent, baignés par la lumière dorée du soir.

Le soleil se couche, j’éprouve une pointe d’inquiétude et j’accélère. Plus que trois kilomètres, plus que deux, plus qu’un kilomètre trois cents. Ça y est, je vois la cabane ! Elle est nichée dans un large canyon peu profond, à demi cachée par les bouleaux et le microrelief. Nous y parvenons à dix-sept heures, soit une heure après le coucher du soleil, et il fait encore assez jour pour que nous n’ayons pas eu à allumer les frontales. C’est bon à savoir pour les prochains jours qui nous réservent à peu près le même nombre de kilomètres.

La cabane est en rondins, entourée de toilettes sèches et d’une remise à bois. À l’intérieur, il y a trois bat-flancs pouvant accueillir deux personnes chacun. Je me précipite sur le poêle pour allumer un feu, tandis que Gabriel ouvre la bonbonne de gaz et vérifie que les deux brûleurs sont opérationnels. J’avais lu sur internet qu’il y avait du gaz et du bois dans cette cabane, mais je n’en étais pas certaine pour autant. Quel luxe ! En attendant, il fait -20°C à l’intérieur, j’ai les aisselles humides et je sens le froid m’imprégner. Il n’y a pas de petit bois ni de stock d’écorce de bouleau pour démarrer le feu. Je sors mon couteau et commence à bâtonner (je pose la lame en travers d’une bûche tenue verticalement et je tape sur la lame avec une autre bûche). Je ne suis tout d’abord pas très efficace, et coince mon couteau dans le bois. Le bois de bouleau est dur et il ne veut pas se fendre. Je peste et recommence, tapant de toutes mes forces. Je réessaie en coupant une plus petite portion de bois ; ça fonctionne mieux. Puis je me rappelle la technique du hérisson : il s’agit d’écorcer une bûche en créant de fines lamelles de bois qui prendront feu facilement. Je rajoute à mes petits bâtons et à mon hérisson de l’écorce de bouleau française que j’ai amenée avec moi jusqu’ici, ainsi qu’un allume-feu du commerce. Plus il fait froid et plus il est difficile de faire partir un feu. Je surveille les premières flammèches avec anxiété. Ça prend ! Il y a une intensité archaïque qui s’installe lorsqu’on allume un feu. Notre survie n’en dépend pas (aujourd’hui, du moins), mais c’est tout comme.

Eve S. Philomène

Me trouver en ligne :

Eve S. Philomène sur Youtube

@evesphilomene sur Instagram

alizane-montagne.fr pour les sorties et séjours en montagne