Reportage : dans l’Aude, le Conservatoire du littoral teste le concept de « refuge littoral »

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Le refuge littoral de Sainte-Lucie, à Port-la-Nouvelle (Aude) a ouvert ses portes le 6 avril pour sa première « vraie » saison estivale. Au coeur des étangs de la Narbonnaise, ce refuge haut de gamme (mais refuge tout de même, comme à la montagne : ce n’est ni un gîte rural, ni un hôtel) est un paradis pour randonneurs et naturalistes. Le Conservatoire du littoral reproduit ici le concept de « refuge littoral », déjà testé à Senetosa (Corse). Reportage en cinémascope.

Pas de voiturier à l’entrée, mais pas de voitures non plus. Votre vélo, lui, sera à l’abri. Inutile de laisser vos godasses de rando dans le couloir : personne ne viendra les cirer. Ici le confort est un peu spartiate, les suites sont des dortoirs, les sanitaires sont collectifs, mais le luxe est partout. Dans les bâtiments du refuge qui vous accueille pour la nuit (pas plus de trente personnes : le luxe s’accommode mal de la foule), dont la restauration minutieuse s’est achevée à l’automne 2022 sous la conduite du Conservatoire du littoral. Dans le paysage surtout, qui porte les traces des mille vies que Sainte-Lucie a vécues avant votre arrivée.

Les cinq étoiles ? Levez le nez, à minuit, et choisissez les vôtres. Sur l’écran noir de vos nuits blanches, faites-vous votre cinéma : un séjour à Sainte-Lucie c’est forcément une histoire, de celles qu’on prend plaisir à (se) raconter longtemps après. L’héroïne ? Le héros ? C’est vous. Le narrateur c’est vous aussi. Circuit court. Les décors, le pitch, c’est Sainte-Lucie qui les fournit.

Moteur !

Vous vous la jouez péplum ? Pour l’archéologue Henri Rouzaud Sainte-Lucie fut « le grand port préromain et romain primitif de Narbonne (…) fréquenté pendant près d’un millénaire, d’abord par les navires grecs de Marseille et d’Emporion, ensuite par ceux des Romains ». Bande-son : le Cers, le Marin ou l’Aquilon gonflent les voiles des galères. Des clameurs s’élèvent de la chiourme. Rixes entre portefaix…

Vous seriez plutôt du genre naturaliste contemplatif ? Ambiance Peuple migrateur ou Microcosmos ? Recrutez vos figurants : la sterne naine, l’alouette calandrelle, l’échasse blanche, la sterne pierregarin et, bien sûr, l’immanquable flamant rose font, comme vous, escale à Sainte-Lucie. D’autres oiseaux s’y sentent tellement bien qu’ils y séjournent à l’année : l’aigrette garzette, le gravelot à collier interrompu… Dans les laisses de mer ou les sansouïres, ils trouvent ici les insectes, les petits reptiles ou les graines dont ils font leur pitance.

Plutôt film de guerre ? Choisissez votre époque. Au bout de la plage de la Vieille-Nouvelle, les bunkers abandonnés témoignent de l’occupation allemande. Un peu plus tôt, en 1813, ce qui reste de la Grande armée boutait hors de Sainte-Lucie l’Anglois qui rôdait. Question d’habitude : c’est pour surveiller la flotte anglaise que fut édifiée, vers 1740, la Tour de la Vieille-Nouvelle. Plus tôt encore, les Sarrasins, les Vikings, puis les Espagnols accostèrent à Sainte-Lucie avec des intentions modérément pacifiques, au point qu’on dut installer là un hôpital de campagne sommaire…

Un thriller monastique, modèle Nom de la Rose ? Les bénédictins au IXème siècle, les cordeliers au XVIIème, ont tenté d’implanter un monastère à Sainte-Lucie. Les premiers décampèrent par crainte des Sarrasins, les seconds, dans la version officielle, dérangés par le tintamarre des pêcheurs. A moins que les moustiques…

Un drame champêtre à la Manon des sources ? Il y a moins d’un siècle, près de 90 personnes vivaient dans l’île, élevant 60 bovins et 300 porcs, cultivant vigne, fourrage, pommes de terre, fruits… Tout à côté, l’activité salinière battait son plein : la production s’est arrêtée en 2005.

Un film de batellerie, un remake des Amants de Bras-Mort ? Le canal de la Robine, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité, fera oublier la Seine…

Sainte-Lucie raconte toutes ces histoires, et plein d’autres encore. Et vous, laquelle raconterez-vous ?

Infos : https://refuge-littoral-sainte-lucie.fr/