Thierry Coste, lobbyiste en chasse et en cour

Van Vieng

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Instigateur d’une liste « rurale » pro-chasse aux élections européennes, le lobbyiste Thierry Coste a beau braconner depuis trente ans dans les sphères du pouvoir, il affirme être resté « un vrai mercenaire », ni téléguidé par l’Elysée, ni affilié aux élites parisiennes qu’il dit exécrer.

Ne le cherchez pas sur les photos. « Normal, c’est moi qui les fais », glisse l’homme de l’ombre. « L’avantage, c’est que personne ne peut savoir si j’étais là ou pas ». Mais alors, à quoi bon revendiquer des liens avec la Russie de Poutine, la Turquie d’Erdogan et quelques potentats africains ?  L’intrigue est un métier. A 68 ans, Thierry Coste y façonne encore son mythe. Identifié de longue date comme porte-parole des lobbys de la chasse et des armes, deux « passions » qui valent bien de se faire des ennemis. La cible se moque des critiques: « J’en ai rien à foutre qu’on pense que je suis un salaud, ça ne m’a jamais nuit ».  Les affaires ne s’embarrassent pas de morale. Un coup pour les nitrites, l’autre contre les néonicotinoïdes, des contrats dans l’éolien, avec des fonds de pensions… « Je suis un vrai mercenaire », assume le franc-comtois, fils de militaire qui raconte s’être infiltré à l’Assemblée muni des « cartes de collaborateur » des ex députés Maxime Gremetz et Thierry Mariani, entre autres.  OEcuménique, il se vante d’avoir conseillé les quatre derniers présidents de la République. Sans vergogne? « Je ne suis pas un type versatile », simplement « toujours celui qui aide à gagner », fanfaronne-t-il, regard perçant et sourire carnassier à l’appui.  Forcément, sa proximité avec le pouvoir nourrit les soupçons sur cette « Alliance rurale » qu’il fomente depuis des mois, à l’affût derrière le patron des chasseurs Willy Schraen en tête de liste.  Une initiative « poussée en sous-main par Emmanuel Macron », selon le vice-président du Rassemblement national, Sébastien Chenu, qui dénonce une « manipulation » pour empêcher son parti « de faire 30% » et d’écraser la concurrence au scrutin du 9 juin prochain.  « Tout faux », dément M. Coste, qui soutient que l’idée lui est venue au printemps, après le succès inespéré d’une manifestation pour les traditions taurines à Montpellier, puis la percée spectaculaire du parti des agriculteurs aux élections provinciales néerlandaises.

« Tireur de sang-froid »

 « Ça n’avait strictement rien à voir avec Macron », insiste-t-il, même s’il a « bien sûr » fait savoir dès avril au chef de l’Etat qu’il « consult(ait) pour une liste ». De la même manière qu’il dit avoir ensuite averti Eric Ciotti et Jordan Bardella. Sans que personne ne cherche à le dissuader, car « personne n’ose me mettre de bâton dans les roues ».  La crainte est un atout. Chacun garde en mémoire la démission fracassante de l’ex-ministre de l’Ecologie Nicolas Hulot, écoeuré mi-2018 par la présence du lobbyiste lors d’une réunion sur la chasse à l’Elysée. « Il a pété un câble à cause de moi, mais ça faisait un moment qu’il avait envie de partir », minimise le fauteur de trouble, qui n’en est pas à son premier trophée.  Il y a un quart de siècle déjà, il orchestrait l’improbable irruption du mouvement « Chasse, pêche nature et traditions » et de son leader Jean Saint-Josse aux européennes de 1999 (6,77%), puis à la présidentielle de 2002 (4,23%). Campagnes dirigées à l’époque contre « un ennemi fort », l’ex-patronne des Verts Dominique Voynet.  Le sénateur François Patriat, qui le fréquente depuis cette époque et l’a introduit auprès d’Emmanuel Macron, connait bien l’animal. « C’est un manipulateur, un tireur de sang-froid », qui « sent bien » qu’il y a « un vote rural à récupérer ».  Dans quel but? « Mener la bataille des normes » contre la technocratie, répond le stratège, qui vient de publier un essai dénonçant « le plan secret de nos élites contre le monde rural ». Titre trompeur, choix de l’éditeur, aucun complot n’étant révélé au fil de ces 240 pages autobiographiques.  L’ouvrage permet toutefois d’afficher ses distances: « Je ne vis pas avec ce monde-là », clame l’ex-paysan qui a « gagné peu d’argent pendant longtemps » et savoure désormais son « train de vie conséquent ». Un comble pour l’ancien syndicaliste agricole, revenu du trotskisme dont il prétend n’avoir « gardé que les méthodes ». Et un goût prononcé pour l’ambiguïté: « J’ai toujours été un peu Machiavel ».