La double transat en solitaire d’un thon rouge

Photo d'illustration © lunamarina-Fotolia

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L’Ifremer et ses partenaires ont lancé une campagne de marquage pour découvrir les clés du comportement migratoire des thons et les conditions environnementales qui jalonnent leur périple. L’un des spécimens a fait une double transatlantique avant d’amorcer son retour en Méditerranée !

Espèce emblématique de l’Atlantique et de Méditerranée, le thon rouge, qui peut peser plus de 600 kg, est un nageur infatigable. Il voit les miles nautiques défiler au compteur durant ses 40 ans d’existence ! Ses migrations incessantes répondent à la quête de deux besoins essentiels : se nourrir et se reproduire. A la différence des  autres espèces de thon tropicales ou subtropicales, le thon rouge brave aussi bien les eaux froides (où il se nourrit) que les eaux chaudes (où il se reproduit). [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

C’est justement au Sud de Malte, répertoriée comme une zone de reproduction, qu’une équipe de l’Ifremer a embarqué à bord d’un des navires de la SATHOAN, organisation de producteurs de Sète. Objectif : profiter d’une campagne de pêche à la senne (grand filet destiné à encercler des bancs de poissons) pour capturer des thons, les équiper d’une marque électronique et retracer ainsi leurs déplacements sur une année. « Le marquage à bord d’un senneur est un véritable défi logistique, explique Tristan Rouyer, chercheur au Laboratoire halieutique Méditerranée de l’Ifremer,  qui a conduit les opérations en lien avec ses collègues du CNRS et les marins de la SATHOAN. Il faut remonter à bord des thons qui pèsent plus de 200 kg, placer l’ancre de la marque électronique à un endroit spécifique du dos, le tout dans un temps aussi réduit que possible pour limiter au maximum le stress du poisson et le libérer au plus vite. Nous sommes d’ailleurs la seule équipe à réaliser ces marquages à l’occasion des campagnes de pêche à la senne sur les zones de reproduction, où les plus grandes captures mondiales sont réalisées ».

Ces efforts n’ont pas été vains puisque la récolte de marques issues de la campagne 2019 s’est avérée instructive. « Sur les 5 individus que nous avions équipés, trois marques ont tenu plus de 10 mois, dont deux un an, sans se décrocher». Deux thons sont restés en Méditerranée et l’un d’eux a été recapturé à Ravenne dans le Nord de l’Adriatique. Le plus aventureux a gagné l’Atlantique jusqu’au Sud de l’Islande avant de  poursuivre sa traversée vers le Canada, de faire cap vers le Sud puis d’amorcer un retour en Méditerranée où il est rentré au mois de juin, un an après avoir été marqué. Un périple impressionnant !

Les marques électroniques mises au point par les chercheurs de l’Ifremer et du CNRS permettront non seulement de calculer la trajectoire grâce à des modèles océanographiques basés sur des paramètres comme la température, la lumière ou la pression mais ils travaillent aussi sur des capteurs qui fournissent des mesures embarquées sur la physiologie du poisson synchronisées avec sa localisation. Une première ! Ces données sont autant de clés pour comprendre le comportement surprenant de ce poisson et viendront aussi enrichir la réflexion de la Commission Internationale pour la Conservation des Thons de l’Atlantique, en décrivant a plus large échelle et en aidant à comprendre la dynamique migratoire des thons, notamment en réponse au changement climatique.

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