Une étude scientifique publiée le 20 septembre dernier dans « Frontiers in Microbiology » nous permet d’en savoir plus sur l’histoire d’un « couple » jusqu’alors inconnu, qui associe le nématode, rarement étudié bien que largement répandu, et des procaryotes, une espèce de bactéries. C’est une nouvelle forme de symbiose qui est mise à jour.
Il a vraiment une drôle d’apparence et ne mesure que quelques millimètres. Le nématode Oncholaimus dyvaevit à 1700 mètres de profondeur sous la surface de l’océan, sur le site baptisé Lucky Strike, au sommet d’un volcan où une centaine de sources hydrothermales entourent un ancien lac de lave. Il s’épanouit dans les vapeurs de souffre et des températures d’une vertigineuse amplitude, de 330 °C à 4°C. Dans cet environnement que l’on pourrait juger hostile, il vit en harmonie avec plusieurs bactéries, voire grâce à elles. On parle de « symbiose » car cette relation profite en fait à chacun. La découverte de ce nématode marin libre abondant et bien adapté sur la dorsale médio-atlantique offre de nouvelles perspectives d’adaptation à l’environnement. En effet, les connaissances sur les interactions biologiques des microbes et de la méiofaune (petits métazoaires benthiques plus petits que la macrofaune mais plus grands que la microfaune) dans les milieux marins extrêmes sont rares, notamment pour les nématodes. Dans cette étude, les scientifiques ont utilisé des observations microscopiques[hybridation in situ par fluorescence (FISH) et microscopie électronique à balayage (MEB)] et le codage métabolique de l’ARNr 16S pour caractériser la communauté bactérienne des espèces de nématodes Oncholaimus dyvae, un organisme négligé mais écologiquement important. La détection de bactéries dans la cavité buccale et sur la cuticule (SEM) et les épibiontes dans l’intestin (FISH) suggère que O. dyvae héberge sa propre communauté bactérienne. Les résultats moléculaires et l’analyse phylogénétique montrent que les bactéries associées à cette espèce sont liées aux lignées symbiotiques typiques de la faune des cheminées hydrothermales, comme les bactéries oxydant le soufre liées aux Epsilonproteobacteria et Gammaproteobacteria. Cette étude à approches multiples suggère un rôle symbiotique potentiel des bactéries avec leur hôte nématode et ouvre de nouvelles perspectives de recherche sur la méiofaune.

![Eifuku_chimneys By NOAA [Public domain], via Wikimedia Commons](https://infonature.media/wp-content/uploads/2018/10/Eifuku_chimneys-By-NOAA-Public-domain-via-Wikimedia-Commons-696x522.jpg)
