La recolonisation végétale difficile des anciens glaciers d’altitude

Photo © Scottiebumich Fotolia

1779
⏱ Lecture 2 mn.

Des recherches menées dans les Andes sur  les écosystèmes d’altitude montrent que les plantes s’adaptent mal au changement climatique et tardent à coloniser les espaces supérieurs laissés libres par la fonte des glaciers.

Les écosystèmes alpins et arctiques du globe hébergent une biodiversité adaptée aux contraintes climatiques extrêmes, qui se caractérise par des végétaux nains, épars et souvent endémiques. Comment ces environnements fragiles réagissent-ils au réchauffement progressif des températures, induit notamment par le changement climatique ? « Les organismes vivant en altitude subissent tout à la fois le changement de leurs conditions optimales de température et la pression exercée par des compétiteurs venus des étages moins élevés des pentes », explique l’écologue Fabien Anthelme, de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), co-auteur d’une étude sur la colonisation primaire des aires de retrait glaciaire de quatre sites des Andes boliviennes et péruviennes. En effet, la stratégie d’adaptation la plus fréquente des plantes face à l’augmentation des températures consiste à migrer vers les étages supérieurs plus frais, en profitant de la rétractation des glaciers. Grâce à des relevés de terrain, photographiques et satellitaires, Les scientifiques et glaciologues ont étudié la colonisation des aires alpines par les plantes 10 ans, 20 ans ou 40 ans après la fonte de la glace. « Selon nos observations, en si peu de temps, seuls les végétaux dont les graines sont dispersées par le vent parviennent à gagner les aires nouvellement libérées par la déglaciation, note Fabien Anthelme. Celles portées par les eaux en sont absentes car l’écoulement gravitaire ne leur permet pas de gagner les étages supérieurs de la pente. Enfin, les plantes transportées par les animaux doivent attendre pour s’y implanter lors d’une hypothétique –ou plus tardive- colonisation secondaire par la faune ». Parmi les plantes dont les graines sont rarement portées par le vent figurent les plantes « nurses », des espèces arbustives dont la canopée et les racines fournissent un micro-environnement propice aux autres végétaux et aux animaux. Les scientifiques constatent un déficit de ces plantes essentielles aux écosystèmes alpins. « Les mécanismes naturels de colonisation des zones d’altitude semblent être pris de vitesse par le rythme du changement global et la biodiversité alpine pourrait s’en trouver fort compromise », conclut Fabien Anthelme.

Lire l’étude