Diversité ne veut pas dire adaptabilité

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Des scientifiques de l’Inra ont prouvé qu’une plus grande diversité végétale ne permet pas toujours de réduire la vulnérabilité des écosystèmes face aux extrêmes météorologiques.

Dans le cadre des études sur l’adaptation de la biodiversité aux phénomènes de changements climatiques, il est admis que plus les écosystèmes sont biodivers, plus ils seront capables de s’adapter à des variations météorologiques de faible amplitude. Les résultats d’une vaste étude européenne conduite par l’Institut National de la Recherche Agronomique (Inra), publiés le 28 novembre, montrent que ce n’est pas toujours le cas lorsque ces variations sont portées à des extrêmes. La fréquence des évènements météorologiques tels que déluges et canicules augmentant avec le changement climatique en cours, les chercheurs ont voulu savoir si la diversité végétale pouvait « tamponner les effets de sécheresses sévères, de vagues de chaleur ou de pluies diluviennes », explique l’Inra dans un communiqué. Or, la diversité des communautés végétales ne semble pas y répondre en jouant systématiquement un rôle positif dans le maintien du fonctionnement des écosystèmes. L’institut propose d’abord comme explication l’insuffisance des mécanismes de compensation des écosystèmes, qui vise à exploiter la résistance d’espèces végétales mieux adaptées et leur capacité à reprendre le rôle fonctionnel des espèces plus fragiles. Des modifications des interactions entre espèces vivantes au sein des écosystèmes pourraient également expliquer l’absence d’effets positifs de la diversité face aux évènements extrêmes. Mais surtout, les chercheurs soulignent que les communautés végétales dans leur milieu naturel (in natura) et celles artificielles utilisées comme modèles expérimentaux peuvent répondre différemment aux variations météorologiques. « Contrairement aux communautés végétales artificielles, les écosystèmes in natura abritent un nombre réduit d’espèces végétales le plus souvent issues de communautés qui, plus diversifiées à l’origine ont été soumises à des pressions de sélection d’origine anthropique (intensification des pratiques, eutrophisation des milieux), explique l’Inra dans le communiqué. Il en résulte la sélection d’espèces à croissance rapide, très performantes en conditions optimales, mais moins capables de faire face à des conditions climatiques défavorables. » De cette observation découle donc qu’une réduction de l’impact des activités humaines sur les végétaux, telle que l’eutrophisation (c’est-à-dire l’augmentation de la concentration en azote, souvent induite par les produits chimiques), permettrait de « maintenir une plus grande diversité d’espèces avec des taux de croissance différents et conduire à des écosystèmes plus à même de résister aux extrêmes météorologiques. » Afin de mieux conceptualiser les impacts du changement climatique sur les écosystèmes, l’étude incite donc à prendre en compte la dimension fonctionnelle de la diversité (variété et variabilité des traits des plantes) plutôt que le simple nombre d’espèces.

L’étude de l’Inra