Le lobby des pesticides s’active tous azimuts (2 mn 30)

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Rapport parlementaire mettant en évidence les difficultés pour sortir du glyphosate, recours devant le Conseil constitutionnel, manœuvres à la Commission européenne… Derrière toute cette activité, l’Union des industries de protection des plantes (UIPP), l’outil de lobbying des industriels des pesticides.

« Atteinte à la liberté d’entreprendre » : c’est ce que reprochent les industriels des pesticides réunis au sein de l’UIPP à la circulaire du 23 juillet 2019 du ministère de l’écologie, qui organise la mise en application de certains produits phytopharmaceutiques, prévue par la loi « Egalim ». Ils ont donc attaqué cette circulaire devant le Conseil d’Etat, en assortissant leur requête d’une Question préliminaire de constitutionnalité (QPC) pour vérifier, donc, que l’interdiction ne portait pas atteinte à leur « liberté d’entreprendre ». Le Conseil d’Etat, dans sa décision de transmettre la question au Conseil constitutionnel, relève que « la QPC a été transmise au Premier ministre, au ministre de la transition écologique et solidaire et au ministre de l’agriculture et de l’alimentation, qui n’ont pas produit de mémoire ».En clair : les industriels veulent pouvoir continuer à vendre leurs produits au nom de leur liberté d’entreprendre… Et le gouvernement n’a aucune observation à faire ! Dans l’hypothèse (improbable) où le Conseil constitutionnel donnerait raison à l’UIPP, les marchands d’armes ou les dealers de cocaïne pourraient se réjouir d’une telle jurisprudence… [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

A l’Assemblée nationale, ce sont les parlementaires LREM qui se chargent de relayer les arguments des industriels. Ainsi, un rapport parlementaire co-signé par deux députés « marcheurs », Jean-Luc Fugit (chimiste de profession) et Jean-Baptiste Moreau (éleveur de bovins dans la Creuse) met en avant les difficultés et le coût pour les exploitants de la sortie du glyphosate. Ils proposent par exemple, plutôt que d’interdire le glyphosate, de « travailler à une autre approche permettant de distinguer ceux qui respectent les normes environnementales, par exemple via un logo, une certification ou des primes accordées par les industries agro-alimentaires ». En clair : il devrait rester possible de ne pas respecter les normes environnementales…

A l’échelle européenne, c’est la Commission européenne qui défend les intérêts des industries chimique et agro-alimentaire. La semaine dernière, le  Parlement européen s’est opposé aux projets de la Commission d’autoriser l’importation de produits contenant quatre OGM résistants au glyphosate et au glufosinate d’ammonium. « Nous sommes face à une Commission européenne génétiquement modifiée : elle n’écoute pas les votes des députés européens, et résiste à la démocratie !, a déclaré l’eurodéputé socialiste Éric Andrieu à l’issue du vote. Comme elle en a pris la fâcheuse habitude, elle outrepasse ses pouvoirs alors même qu’il n’y a pas de majorité, ni chez les experts, ni dans les États membres, pour autoriser ces OGM. Nous gagnons ces votes au Parlement européen pour nous opposer à ces OGM, et la Commission revient à la charge. Cela doit cesser : le principe de précaution doit primer » conclut l’eurodéputé.

Le rapport Moreau-Fugit

La QPC soumise au Conseil constitutionnel

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