Le bocage normand perd ses amphibiens (1 mn 30)

Photo © Jerzy Górecki de Pixabay

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La modification des paysages normands, liée aux changements de pratiques agricoles, entraîne la disparition du bocage et a causé le déclin d’un quart de ses populations d’amphibiens en 10 ans.

Dans le « Bulletin de la Société Herpétologique de France » (SHF), trois scientifiques, Mickaël Barrioz du Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement (CPIE) de Normandie, et Guillelme Astruc et Claude Miaud du Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE) du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), tirent la sonnette d’alarme sur le déclin des amphibiens en France, en prenant l’exemple des bocages normands. Le CPIE de Normandie y échantillonne « une centaine de secteurs comportant environ mille points d’eau potentiellement favorables à la reproduction (mares, fossés, sources…) » dans cinq départements, rapporte la revue « Sésame » de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique). [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Les tendances sont à la chute des populations pour 8 espèces sur les 15 présentes dans cet habitat: « il s’agit souvent d’espèces fréquentes comme le Crapaud commun, la Grenouille rousse, la Salamandre tachetée, le Triton alpestre et le Triton palmé, ou un peu plus rares, comme l’Alyte accoucheur, le Triton crêté et le Triton ponctué. » Les espèces plus communes et ordinaires ne sont donc pas forcément les moins concernées, généralement du fait de l’absence de plans de protection. Ainsi la Grenouille rousse « qui a connu ces dix dernières années une régression de 24 % et qui n’est pas protégée » est « pêchable, sous certaines conditions (arrêté du 19/11/2007, art. 5) et ses habitats ne bénéficient pas de protections particulières. » Les scientifiques suggèrent que la modification des paysages, en lien avec les changements de pratiques agricoles, est la cause principale de ce déclin.

Les batraciens ont en effet besoin de milieux hétérogènes avec de fortes densités de prairies, de mares et de haies. « Or entre 2005 et 2015, selon le Ministère de l’Agriculture (Agreste, 2016), les cinq départements normands ont connu une régression importante des prairies permanentes, notamment du fait du développement des cultures (baisse du cheptel laitier et développement du maïs fourrage) » Avec les prairies disparaissent généralement les mares et les haies, « coupées pour limiter l’ombre sur les cultures et optimiser l’usage des machines. » Ainsi, la Basse-Normandie a perdu 9 000 km de haies (soit près de 6 % du réseau) entre 2006 et 2010, alors qu’elle était en 2007 la région la plus bocagère de France. Pour parachever le travail de sape de ces modifications d’habitat, les cultures consommatrices de pesticides induisent une augmentation des pollutions aquatiques et terrestres, et l’artificialisation des milieux naturels et agricoles (tissus urbains, zones industrielles et commerciales, réseaux de transport, etc.) dans les trois départements les plus bocagers de Normandie est en hausse.

Résultat: entre 2007 et 2018, soit en seulement 10 ans, environ un quart des populations d’amphibiens y ont disparu. « Ces résultats peuvent probablement être extrapolés à l’échelle du domaine atlantique, notamment dans les régions bocagères qui connaissent ou ont connu de tels changements depuis le milieu du XXe siècle : Bretagne, Pays de la Loire, Poitou-Charentes… »

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