Lac de Caussade : le ministère pour une « solution alternative » (2 min 30)

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François de Rugy a proposé jeudi 14 février aux défenseurs d’un projet controversé de lac d’irrigation en Lot-et-Garonne de travailler à une « solution alternative » respectueuse de l’environnement, dénonçant le lancement de travaux illégaux, a-t-on appris auprès du ministère de la Transition écologique.

Le projet de « lac de Caussade », dans la campagne de Pinel-Hauterive, à une vingtaine de km au nord-ouest de Villeneuve-sur-Lot, a pour but de créer une retenue d’eau de 920.000 m3 sur 20 hectares. Piloté par la Chambre d’agriculture locale pour réguler le débit du cours d’eau Tolzac, il est destiné à l’irrigation agricole de 350 hectares d’une vingtaine d’exploitations. Mais le projet est dénoncé par les défenseurs de l’environnement. Et la préfecture qui avait donné son feu vert aux travaux en juin 2018 a finalement retiré son autorisation en octobre après une intervention des ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique. Toutefois, les agriculteurs ont poursuivi les travaux dans l’illégalité. Fin janvier, les gendarmes étaient intervenus pour arrêter les travaux illégaux menés sur le site, mais plus de 300 agriculteurs les avaient empêché, sans heurts, d’apposer des scellés pour interdire l’utilisation d’engins de chantier. Recevant jeudi matin des représentants de la chambre d’agriculture du département, le ministre de la Transition écologique François de Rugy a d’abord « regretté, condamné et qualifié d’inacceptable la méthode du coup de force et du fait accompli employée par ceux qui ont lancé les travaux de la retenue en toute illégalité », selon le ministère. Il leur a rappelé « la non-conformité » du projet notamment quant à la protection des espèces protégées et au schéma d’aménagement et de gestion de l’eau. Le ministre, qui a reçu des opposants au projet dans l’après-midi, leur a ainsi « proposé de travailler à une solution alternative susceptible de satisfaire les besoins en eau des activités agricoles locales tout en étant respectueuse de l’environnement ». Pour le maire (UDI) d’Agen Jean Dionis du Séjour, l’un des élus soutiens du projet, et qui était membre de la délégation reçue par le ministre, celui-ci « ouvre la perspective d’une nouvelle instruction du dossier par inspecteurs généraux du Conseil général de l’environnement et du développement. #intéressant », a tweeté l’élu. Également membre de la délégation, Patrick Franken, président de la Coordination rurale (syndicat agricole majoritaire en Lot-en-Garonne) dit avoir trouvé un ministre « à l’écoute », pour lequel ils ont tenté de « dépolluer le dossier », s’agissant de l’impact environnemental, « nul » selon eux. Mais ils restent sceptiques sur une solution « qui permettrait à tout le monde de sortir par le haut, et faire en sorte que l’ouvrage soit exploité ». Président de France nature environnement (FNE) reçu dans l’après-midi, Michel Dubromel s’est dit « satisfait dans le sens où l’illégalité du chantier est confirmée par le ministre lui-même (…), mais on en attend plus ». Mais « c’est inquiétant qu’aujourd’hui on cherche une solution alternative alors que ça aurait dû précéder un chantier illégal », a-t-il ajouté.

Dans une tribune parue dans le quotidien Sud Ouest le mercredi 13 février, l’association et la Sepanso Aquitaine sont revenues sur les « impasses » de Caussade. La première est, selon elles, d’ordre climatique : « le surdimensionnement et les évolutions climatiques vont conduire à des années où il sera impossible de remplir le ‘Lac de Caussade’, sauf à pomper dans le Tolzac, déjà en déficit. » L’impasse est également d’ordre juridique, puisque la construction s’opère dans l’illégalité et à l’encontre de quatre décisions de justices, et pose des questions de sécurité publique puisque « les travaux ont été conduits sans contrôle technique, sans respect des règles de l’art, rappellent les associations. On ne peut tolérer la perspective d’une rupture de digue et d’une vague de 920 000m3 inondant la vallée. » Enfin, c’est une impasse pour la transition écologique, en ce que le barrage implique la destruction d’un ruisseau, d’espèces protégées et de leurs milieux. « Ce barrage est un véritable déni de la préservation des milieux aquatiques qui constitue la clé de voûte de nos possibilités d’adaptation future au changement climatique. »