Coronavirus : le naufrage de la CITES ? (2 mn 30)

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Alors qu’il est assuré que le trafic illégal d’animaux sauvages a joué un rôle dans l’apparition de la pandémie, le secrétariat permanent de la Convention internationale sur le commerce des espèces sauvages (CITES) a fait savoir qu’il n’était pas concerné…

En mars, lorsque l’Organisation mondiale de la santé a déclaré que le COVID-19 était une pandémie, les questions se sont multipliées sur le lien entre le nouveau coronavirus et le commerce des espèces sauvages. Alors que les groupes de protection de la nature ont sauté sur l’occasion pour mettre en lumière le lien entre les pandémies et l’exploitation des espèces sauvages, le secrétariat de la CITES, chargé de coordonner le travail de ses parties, a semblé prendre ses distances par rapport à la crise. « Les questions relatives aux zoonoses ne relèvent pas du mandat de la CITES, a-t-il déclaré dans un communiqué, et le secrétariat de la CITES n’a donc pas la compétence de faire des commentaires sur les nouvelles récentes concernant les liens possibles entre la consommation humaine d’animaux sauvages et le COVID-19 ». [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) est un accord environnemental mondial de grande importance : il réglemente le commerce mondial de certaines des espèces les plus menacées de la planète. Le traité, l’une des rares conventions environnementales contraignantes, devrait faire partie de la solution, selon beaucoup, mais il devrait être élargi et renforcé pour répondre à de nouveaux défis comme COVID-19.

Pour ce faire et pour s’attaquer aux problèmes plus vastes de la biodiversité et de la perte d’habitat, il faudrait que les pays qui sont parties à cette convention et à d’autres conventions similaires fassent preuve de leadership, selon les experts.

Aujourd’hui, 45 ans après son entrée en vigueur, la CITES semble avoir fait son temps à la suite de la crise COVID-19. La convention est ratifiée par presque tous les pays du monde, y compris les États-Unis et la Chine, et est contraignante. Même l’accord de Paris sur le climat ne l’est pas !

La CITES, telle qu’elle existe aujourd’hui, peut-elle aider à prévenir la prochaine pandémie ? se demandent de nombreux écologistes. Elle devrait faire partie de la solution, selon beaucoup. Protéger les espèces menacées d’être décimées par le commerce international des espèces sauvages, qu’il soit légal ou illégal, est une entreprise monumentale. Et le traité multilatéral a enregistré quelques succès durement acquis, notamment l’interdiction du commerce de l’ivoire d’éléphant en 1990. Dans la décennie qui a précédé l’interdiction, plus de 50 000 éléphants d’Afrique étaient chassés chaque année pour leurs défenses. Toutefois, l’interdiction n’a eu qu’un succès limité pour ce qui est d’étouffer le commerce illégal de l’ivoire. La CITES compte sur les gouvernements nationaux pour faire appliquer ses décrets, et sans leur coopération constante et soutenue, de nombreux règlements de la CITES ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs.

Certains considèrent qu’une lecture à la lettre de son mandat est un échec face au désastre du coronavirus. « Le secrétariat a tendance à oublier que la CITES ne peut pas seulement être considérée comme un accord commercial, mais qu’elle fait également partie du droit international de l’environnement », a déclaré Vera Weber, présidente de l’ONG suisse Weber Foundation, citée par le site Mongabay.De nombreux experts, dont Mme. Weber, sont favorables à l’élargissement de l’accord, plutôt qu’à son remplacement ou à sa mise à l’écart.

Il faudra sans doute, pour que la CITES recouvre sa crédibilité, un audit de ses prises de position pendant la crise, à l’instar de  celui que vient de mettre en œuvre l’Organisation mondiale de la santé.

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