Chasse : mobilisation contre un été meurtrier

Photo d'illustration © nNatureimmortal-Fotolia

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En toute discrétion, aux premiers jours du confinement, le gouvernement a adopté un décret autorisant la chasse au sanglier et au chevreuil dès le 1er juin. Dans le Jura, une pétition contre l’été meurtrier qui s’annonce a recueilli plus de 60 000 signatures.

Chasser le sanglier ou le chevreuil à partir du 1er juin était déjà possible, mais strictement conditionné à l’obtention d’une autorisation individuelle préfectorale de chasse anticipée, garde-fou indispensable à la sécurité des promeneurs. Dans les faits, la majorité des chasseurs attendait la fin des vacances d’été pour ressortir le fusil. Grâce à ce décret adopté en catimini, plus besoin d’autorisation préalable : feu à volonté dès le 1er juin. En outre, quelques jours auparavant, un précédent décret avait déjà allongé d’un mois, jusqu’au 31 mars, la période de la chasse au sanglier. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Comme l’indique son intitulé, l’objectif du nouveau décret est « la maîtrise des populations de grand gibier et de leurs dégâts. » Mais, observe la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), « si l’explosion démographique des sangliers en France et ses conséquences en termes de préjudices subis par les agriculteurs sont bien réelles, les chasseurs en sont d’abord à l’origine. Nourrissage, préservation des laies reproductrices, lâcher d’individus élevés en captivité, importation des pays de l’Est, chasse en enclos, hybridation avec le cochon, tout a été fait au cours des cinquante dernières années pour favoriser la prolifération de l’espèce en France. Il est donc bien normal que les fédérations de chasse soient légalement tenues d’indemniser les dégâts causés sur les parcelles agricoles, responsabilité à laquelle elles aimeraient aujourd’hui échapper tant elle est devenue coûteuse (30 millions d’euros par an). La solution n’est certainement pas de prolonger la période de chasse pendant l’été, engendrant un dérangement pour l’ensemble de la faune sauvage en pleine période de reproduction ainsi qu’une interdiction supplémentaire de la fréquentation de la nature et des dangers croissants pour les non chasseurs. Dix accidents mortels ont eu lieu lors de la saison de chasse 2019-2020, toujours en cours, contre 7 la saison précédente. Les solutions sont plutôt l’interdiction totale de l’agrainage des sangliers et de leur élevage ou importation dans un but cynégétique, la fin des enclos de chasse desquels ils s’échappent ; ainsi que laisser leur prédateur le loup se développer au lieu de vouloir en tuer toujours plus ».

Les renards sont aussi concernés par une telle libéralisation de la période de chasse, alors que plus d’un demi-million sont déjà inutilement exterminés chaque année en France. Un renard consomme pourtant 4 000 rongeurs par an, ce qui en fait un véritable allié de l’agriculture ! Et un allié aussi dans la lutte contre les tiques (dont sont porteurs les rongeurs) et la maladie de Lyme.

Dans le département du Jura, une pétition contre le projet d’arrêté mettant en application ces dispositions sur le territoire du département revendique plus de 63 000 signataires, Jurassiennes et Jurassiens, français et parfois étrangers, rési­dents et visiteurs du Jura – soit l’équivalent du quart de la population du département.

Ils font notamment valoir que selon l’Observatoire régional du tou­risme, plus de la moitié des 16 millions de nuitées touristiques passées dans les seules montagnes du Jura se concentrent précisément sur les 3 mois d’été. Ces nuitées sont des revenus directs essentiels pour les acteurs économiques locaux. Par ailleurs, plus de 60% de ces visiteurs viennent dans le Jura à la rencontre de la nature … et à la condition d’y trouver la sécurité, comme le rappelle Maryse « Je suis Belge et aime beaucoup votre belle région, svp, interdisez la chasse, vous gagnerez plus avec des touristes amoureux de la nature … sinon boycott … ».

Chaque année, la chasse d’été autorisée dès avant le lever du jour et après le coucher du soleil, est à l’origine d’un nombre croissant de troubles à l’ordre public dont les maires des communes rurales du Jura sont de plus en plus souvent saisis. Ces atteintes excessives à la tranquillité des citoyens s’ajoutent à la pression et aux dérangements que subissent déjà promeneurs, randonneurs, traileurs, VTTistes, skieurs et autres usagers de l’espace rural, en automne et en hiver, 6 jours sur 7, en tout temps et en tout lieu, y compris dans les réserves de chasse et autres aires protégées dont l’objectif est pourtant avant tout de préserver la faune sauvage. Comme l’exprime une autre signataire « Je veux pouvoir aller me balader, quand je veux et où je veux, seule ou avec mes petits-enfants. Laissons respirer les forêts et ses hôtes».

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