Stop aux néonicotinoïdes !

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Plaidoyer scientifique pour l’abandon du projet de loi visant à autoriser les néonicotinoïdes dans la culture de betterave à sucre.

Nous, associations d’études et de protection de l’environnement, spécialistes des insectes pollinisateurs sauvage, taxonomistes, écologues, scientifiques et simples citoyens, avons pris connaissance avec sidération et désarroi de la décision de l’Assemblée nationale de voter en faveur du projet de loi permettant la réintroduction des néonicotinoïdes dans la culture des betteraves à sucre pour trois ans. À notre grande stupeur, cette décision s’est effectuée dans une atmosphère de déni scientifique, les arguments soulevés par les députés ignorant plusieurs années d’études sur le sujet. De plus, elle n’est pas associée à un engagement explicite vers la recherche active de solutions alternatives. C’est donc une solution temporaire qui peut tragiquement durer…

Au-delà de l’impact de cette décision sur la biodiversité, l’impact social, médiatique et politique est énorme ! Elle rend incompréhensible la politique environnementale qui apparaît ainsi schizophrène car écartelée entre l’urgente nécessité de protéger la biodiversité et le soutien aux filières impactant cette même biodiversité. Elle est à l’opposé de la démarche de transition écologique de notre agriculture qui doit être plus respectueuse et durable, et à l’opposé des solutions fondées sur la nature prônées par la plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), pourtant validées par les différents gouvernements dont l’État français. Enfin, cette décision va à l’encontre de l’objectif de diminution de l’utilisation des pesticides du plan national d’action « France : terre de pollinisateurs ».

Par cette tribune, nous souhaitons, avec force, réfuter l’argumentaire utilisé par les députés pour voter cette loi. Nous, expert des insectes pollinisateurs et de l’écologie de la pollinisation, demandons aux parlementaires, membres de l’Assemblée nationale et du Sénat d’entendre ce cri d’alerte, d’apporter un regard critique, sage et posée sur les arguments scientifiques.

La situation des pollinisateurs et de la biodiversité en général n’a jamais été aussi catastrophique, les membres du Sénat ne peuvent, au nom de l’intérêt général, que refuser cette proposition de loi de notre âge.

  • Les insectes pollinisateurs, les auxiliaires des cultures, les agents de lutte biologique contre les ravageurs et plus globalement la biodiversité dans son ensemble, seront touchés par l’usage des néonicotinoïdes et ce, même si les betteraves sont récoltées avant floraison.
  • Les néo néonicotinoïdes contenus dans les semences enrobées ne se cantonneront pas aux champs traités, mais vont se retrouver dans les sols et dans l’air, dans les parcelles adjacentes, les plantes compagnes des cultures, les infrastructures agroécologiques (bandes enherbées, mares, haies, lisières…), les cours d’eau et les nappes phréatiques –et ce, pendant plusieurs années après l’utilisation de ces biocides.
  • Il existe, pour la protection des cultures, des alternatives à l’utilisation des néonicotinoïdes, d’autres choix sont possibles.
  • L’état catastrophique des populations d’insectes et de la biodiversité au sens large en France dans le monde, souligne l’urgence d’agir. 94 % des personnes interrogées à l’échelle européenne sont alarmés par le déclin dépoli initiateur et demande un changement d’ampleur dans la transition écologique.

Alors que la France avait été en 2018, pionnière dans l’interdiction de ces molécules biocides, ce vote représente une marche arrière historique et incompréhensible qui ignore les conséquences dramatiques pour la biodiversité. La France ouvre ainsi une brèche dans l’initiative vertueuse qu’elle avait pourtant créée. Cette loi va en outre à l’encontre du principe de non régression en droit de l’environnement. Il existe aujourd’hui un consensus scientifique clair sur la toxicité de ces molécules pour les organismes invertébrés et vertébrés mais sciemment négligés devant le chantage à l’emploi de l’industrie sucrière, qui elle-même n’est pas unanime sur le recours audio nicotine. Ces dernières années, plus d’un millier d’études scientifiques de pointe ont été mené dans le monde sur la dangerosité des néonicotinoïdes. Leurs effets létaux (toxicité aiguë) et sublétaux (baisse des capacités d’orientation, diminution du succès reproducteur, baisse des défenses immunitaires, affaiblissement des colonies) sont prouvées et bien connus sur les insectes dont les abeilles domestiques et sauvages, mais aussi sur les vertébrés (oiseaux, chiroptères), avec des conséquences sur la santé des êtres humains.

L’urgence est absolue, il est impératif de tout mettre en œuvre et d’arrêter immédiatement cet anéantissement du vivant.

CAP’POLLINISATEURS

CAP’POLLINISATEURS réunit différentes structures spécialisées sur l’étude et la protection des pollinisateurs :

  • Le Groupe De Recherche (GDR) POLLINECO regroupe les laboratoires de recherche francophones qui travaillent sur les problématiques des pollinisateurs et de la pollinisation
  • Observatoire des Abeilles (OA) : association des melittologues francophones
  • Office pour les insectes et leur environnement (Opie) : association nationale de protection de la nature
  • ARTHROPOLOGIA : association naturaliste de protection de l’environnement