L’acidification des océans ne trouble pas (tant que ça) les poissons (2 mn)

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De nouvelles recherches scientifiques montrent que les poissons pourraient être beaucoup plus résistants que nous le pensions à l’acidification des océans.

Le changement climatique menace les poissons des récifs coralliens de multiples façons, mais peut-être pas de toutes les façons que nous pensions. Il y a une dizaine d’années, certaines études ont suggéré que l’acidification des océans, une des conséquences du changement climatique, pourrait déformer le comportement des poissons. Il avait été montré que des larves de poissons perdaient la capacité de sentir les prédateurs et devenaient dangereusement hyperactives et confuses lorsqu’elles étaient exposées aux niveaux d’acidification des océans prévus pour 2100 – si l’utilisation de combustibles fossiles se poursuit aux niveaux actuels. Ainsi un article de 2010 constatait un renversement presque complet des préférences en matière d’indices chimiques chez les poissons clowns après une exposition à de l’eau légèrement acidifiée. Après quelques jours seulement, 90% des larves de poissons-clowns élevés en laboratoire avaient été attirées par l’odeur de leurs prédateurs. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Mais aujourd’hui, une tentative de trois ans pour reproduire et améliorer certaines de ces études antérieures brosse un tableau tout à fait différent. Des tests effectués sur des poissons de récifs coralliens ont montré que l’exposition à des eaux acidifiées n’avait pas d’effets néfastes importants sur l’activité des poissons ou sur l’évitement des prédateurs. De 2014 à 2016, l’équipe du scientifique Asutralien Timothy Clark a recueilli plus de 900 individus de six espèces différentes de poissons de récif corallien à Townsville, en Australie, où une grande partie des travaux précédents ont été effectués. La plupart des poissons étaient des adultes ou des juvéniles capturés dans la nature, tandis qu’un sous-ensemble provenait d’un aquarium local. Les chercheurs ont testé les poissons saison après saison, et à différents stades de leur vie. Chaque essai expérimental a été enregistré sur vidéo ; un logiciel de suivi automatisé a été utilisé pour mesurer les comportements afin d’améliorer les méthodes de suivi antérieures, plus subjectives selon les chercheurs.

L’étude n’a finalement trouvé que peu de preuves que l’élévation de CO2 altèrerait le comportement des poissons. Les juvéniles de Chromis à épines ont montré une capacité légèrement altérée de distinguer les indices chimiques des prédateurs et des non-prédateurs. Mais d’autres poissons exposés à des eaux acidifiées évitaient l’odeur des prédateurs, comme les poissons normaux. Les chercheurs ont également trouvé peu de preuves d’hyperactivité ou d’autres troubles du comportement. Les chercheurs ont indiqué vouloir se concentrer désormais sur d’autres facteurs potentiels de stress liés au changement climatique, comme les vagues de chaleur. Danielle Dixson, l’une des scientifiques impliquées dans les études de 2010, a souligné qu’une grande partie des premiers travaux de son équipe portait sur le poisson clown, que l’étude actuelle n’a pas utilisé. Ses études avaient par ailleurs utilisé des poissons larvaires élevés en laboratoire, alors que la nouvelle étude a surtout utilisé des adultes ou des juvéniles capturés dans la nature, avec des expériences de vie, et donc des réactions comportementales, très différentes. Enfin, certains chercheurs reprochent aux auteurs de l’étude de ne l’avoir faite porter que sur six espèces de poissons de récifs, et enjoignent à ne pas tirer de conclusion hâtive.

L’étude

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