Les conséquences de la pollution antibiotique sur la biodiversité des eaux douces (2 mn)

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Une nouvelle étude résume les connaissances actuelles sur la pollution des eaux douces par les rejets antibiotiques, et ses conséquences connues ou à déterminer sur la biodiversité.

Les antibiotiques sont des médicaments antimicrobiens qui tuent ou réduisent la croissance des bactéries. S’ils sont depuis longtemps au cœur de la recherche en milieu clinique, les antibiotiques intéressent également la recherche environnementale. En effet, ils contournent souvent le traitement des eaux et peuvent se retrouver directement dans l’environnement. Ils sont détectés dans les rivières à des concentrations très faibles et dilués plus d’un million de fois par rapport aux concentrations observées dans le corps humain. Une nouvelle étude, dont la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) a fait une synthèse, démontre que les concentrations d’antibiotiques dans les eaux douces, bien faibles, sont susceptibles d’avoir des effets directs et indirects sur la composante microbienne des communautés aquatiques.

[ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]Pour déterminer les conséquences des polluants antibiotiques, l’étude a répertorié plus de 500 tests écotoxicologiques sur des antibiotiques présents pour la majeure partie en eaux douces. « Dans la plupart des cas, une concentration efficace médiane ou ‘CE50’ est mesurée, explique la FRB. La CE50 mesure quelle concentration de l’antibiotique induit une réponse de l’organisme à 50%. » Par exemple, 50% de la population de l’algue unicellulaire Pseudikirchnerialla subcapitata voit sa croissance stoppée par l’antibiotique clarithromycin à 0.002 mg/L, donc la CE50 de cette algue pour cet antibiotique est égale à 0.002 mg/L. « A partir de cette base de données, il a été montré dans la moitié des études qui ont testés l’effet d’antibiotiques avec des concentrations inférieures à 0.01 mg/L, que ceux-ci étaient nocifs pour les procaryotes (bactéries) et pour les eucaryotes unicellulaires (algues, protozoaires). » Les recherches montrent en effet que les communautés bactériennes unicellulaires naturelles sont les plus vulnérables aux antibiotiques détectés dans les eaux douces, tandis que les espèces multicellulaires semblent moins sensibles. « La toxicité des antibiotiques trouvés dans les eaux douces sur les algues unicellulaires est moins fréquente, mais réelle« , précise la FRB. Pour les organismes multicellulaires, il existe quelques exceptions notables, comme la lentille d’eau: 14 études ont ainsi trouvé une inhibition de croissance pour une CE50 inférieure à 1 mg/L.

Quant aux poissons, mollusques, crustacés, rotifères et cnidaires, « les concentrations d’antibiotiques mesurées sont trop faible pour affecter leur degré de survie, leur reproduction et leur sex-ratio« . La synthèse précise que certains antibiotiques comme la ciprofloxacine et l’ofloxacine, figurant parmi les antibiotiques les plus puissants à faibles concentrations, sont trouvés à des concentrations relativement élevées dans les eaux douces. Ces polluants ne sont pas sans conséquences: « les bactéricides peuvent ainsi entraîner la disparition de populations microbiennes » et créer un phénomène d’antibio-résistance. « Cette revue bibliographique souligne qu’une des questions majeures est d’identifier les facteurs environnementaux susceptibles de favoriser la résistance aux antibiotiques et sa dynamique de propagation, conclut la synthèse. Pour cela, il est indispensable de mener des expériences pour déterminer dans quels scénarios les antibiotiques affectent les communautés microscopiques naturelles et comment leurs effets peuvent se propager depuis les bactéries jusqu’aux prédateurs directs et même jusqu’à l’écosystème entier. »

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