Des poissons qui ont les dents longues! (1 mn 30)

Photo © NNPS photo - Bryan Harry - Waikiki Aquarium

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Une nouvelle étude montre que la dentition de poissons de lac africains a évolué pour s’adapter aux conditions climatiques changeantes de leur environnement.

Le changement d’habitat provoqué par le climat est souvent cité comme un facteur important de spéciation et d’évolution chez les poissons cichlidés. Mais aucune étude n’a pleinement établi le lien direct entre des changements d’environnement à long terme et des changements morphologiques d’espèces, car il est impossible de retracer avec certitude des changements trophiques que l’on aurait pu associer à des changements climatologiques. Des scientifiques, parmi lesquels un chercheur du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), ont pu approfondir ces questions en exploitant des aspects uniques des écosystèmes du lac de cratère Chala au Kenya et en Tanzanie. Il y ont analysé les changements dans la dentition orale d’un poisson cichlide, Oreochromis hunteri, la seule espèce endémique et indigène du cratère de l’Afrique de l’Est, au cours des fluctuations du niveau du lac ces 25 000 dernières années. « Des dents fossiles ont été récupérées pendant six périodes d’alternance hydrologique associées à des tendances pléistocéniques et holocéniques en matière de précipitation et de sécheresse, explique le CNRS dans un communiqué. Leurs morphologies précises ont ensuite été documentées. » Les résultats montrent que le poisson a progressivement remplacé sa dentition buccale bicuspide / tricuspide (c’est à dire, avec deux ou trois pointes sur les dents) par des dents unicuspides après maturité sexuelle. « L’étude constate des changements systématiques et récurrents dans l’abondance relative de ces types de dentitions buccales, avec une proportion élevée d’unicuspides au cours des périodes sèches. De plus, les assemblages d’O. hunteri dérivés des périodes sèches ont systématiquement développé une dentition unicuspide et une taille corporelle plus petite, comparés aux conspécifiques qui ont éprouvé des conditions de niveau haut du lac. » Les conditions sèches ayant créé une zone d’habitat avec des substrats mous non disponibles dans les périodes humides, le changement de la dentition orale semble refléter l’exploitation de ce nouvel habitat par les poissons, que ce soit pour se nourrir ou se reproduire. « Le caractère récurrent des changements observés indique que O. hunteri s’est adapté systématiquement au changement de l’habitat local et que le changement morphologique de la dentition buccale a favorisé sa persistance à long terme dans un écosystème aquatique présentant le double défi d’être à la fois sensible au changement climatique (créant un flux dans les stratégies sélectives) et isolé des populations environnantes (limitant le flux de gènes)« , conlut le communiqué.

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