Les bouleversements du changement climatique sur les écosystèmes (2 min)

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Une synthèse de publiée par la FRB se penche sur les conséquences du changement climatique sur les cycles de vie de la biodiversité, les mécanismes d’adaptation et la distribution géographique.

À l’occasion du nouveau rapport de La Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) sur l’état de la biodiversité mondiale prévu pour mai 2019, la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) a publié une synthèse, intitulée « Le changement climatique, un bouleversement pour les écosystèmes et les scientifiques », et rédigée par Romain Julliard, directeur de recherche au Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN). Il y explique d’abord comment les printemps précoces désynchronisent les différents maillons de la chaîne alimentaire. En effet, l’arrivée du printemps rythme le cycle annuel de toute la biodiversité. Avec l’augmentation des températures, les plantes produisent des jeunes feuilles, consommées par les invertébrés et les vertébrés herbivores, eux-mêmes la proie de carnivore. Mais c’est un évènement de courte durée, les jeunes pousses se chargeant vite de tanin. Aussi la biodiversité doit-elle se synchroniser sur ces pics annuels d’abondance alimentaire. Et si les différentes espèces ont développé des stratégies pour ajuster leur cycle de vie à la variabilité naturelle de la précocité du printemps, « le réchauffement climatique modifie la précocité printanière en multipliant les printemps chauds et en amplifiant la variabilité naturelle de la précocité des saisons. » Les espèces programmées génétiquement à se reproduire tôt pourront s’adapter à ces nouvelles conditions, de même que celles possédant une flexibilité individuelle, c’est-à-dire capables d’ajuster leur reproduction aux conditions climatiques. « Les conséquences d’un mauvais ajustement peuvent être dramatiques puisque les jeunes oiseaux aux nids peuvent ne pas avoir assez de nourriture pour leur croissance et leur survie. » La flexibilité variant selon les espèces, celles les plus flexibles connaissent des populations stables ou en augmentation tandis que celles peu ou pas flexibles sont en diminution.

Une part de la distribution géographique d’une espèce est déterminée par les conditions climatiques dans lesquelles elle peut prospérer. « Sous l’action du réchauffement, cette niche [climatique] est amenée à se déplacer, en particulier vers le nord et en altitude. » La plupart des espèces sont capables de se déplacer vers le nord, mais à des vitesses très variables, fonction de leur capacité à se déplacer et à coloniser des espaces. Ainsi des chercheurs britanniques ont montré que la limite nord de l’aire de répartition des libellules et des araignées, qui se déplacent vite, se trouve environ 75 km plus au nord qu’il y a 25 ans, tandis que celle des amphibiens est maintenant en moyenne plus au sud qu’il y a 25 ans. « Le réchauffement climatique a ainsi pour conséquence de redistribuer les espèces dans l’espace, conduisant à des assemblages inédits. » 

Pour conclure sa synthèse, le chercheur émet une recommandation singulière à la communauté scientifique : plutôt que de chercher à freiner, voire inverser les changements induits par l’homme sur la biodiversité en maintenant les écosystèmes en l’état, il faudrait « accompagner voire faciliter un changement de la biodiversité. Nous sommes encore loin d’avoir les solutions, mais il semble urgent que les scientifiques se penchent sur ces questions, y compris les plus dérangeantes. » Parmi lesquelles : « Que faire avec des espèces condamnées localement par le réchauffement ? » « Va-t-on déplacer des populations, voire des écosystèmes entiers ? » « Quelle place doit-on réserver aux espèces exotiques ? »

La synthèse