La FRB donne la parole aux spécialistes

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A l’initiative de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, des spécialistes des écosystèmes marins s’expriment sur différentes thématiques en lien avec la biodiversité marine en Europe.

À  l’occasion de la publication, en mars 2018, de cinq rapports de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) sur l’état de la biodiversité dans le monde (dont l’Europe et l’Asie Centrale), la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) donnera la parole à des chercheurs spécialistes de différents écosystèmes (marin, forestier, d’eau douce…) et de disciplines aussi diverses que le droit, l’économie et la biologie de la conservation, afin d’apporter un éclairage sur les enjeux actuels pour la biodiversité en Europe. En janvier, les écosystèmes marins sont à l’honneur. Ainsi, un collectif de chercheurs a fait la lumière sur l’importance de mieux connaître et protéger les récifs coralligènes méditerranéens, tandis que le scientifique de l’Ifremer Philippe Gros s’est penché sur l’exploitation des ressources halieutiques  et ses pressions sur les écosystèmes marins, et l’aménagement des usages des pêcheries. Betty Queffelec, chercheuse en droit environnemental de l’Institut Universitaire Européen de la Mer (IUEM), s’est intéressée aux aires marines protégées en haute mer. Elle rappelle que « Selon le principe de la liberté de la haute mer, un État, ou un groupe d’États, ne peut décider d’en réglementer une zone et d’imposer ces règles à d’autres États. En revanche, par un accord international, plusieurs États peuvent décider de créer une aire marine protégée en haute mer et y imposer, aux navires battant leur pavillon, une série d’obligations visant à préserver la biodiversité. » C’est le cas, par exemple, pour le sanctuaire Pelagos en Méditerrannée, fruit de la concertation entre la France, l’Italie et Monaco, ou encore pour sept aires marines protégées d’Atlantique Nord établies par la Comission OSPAR, rassemblant 15 gouvernements de l’Union Européenne. La chercheuse conclue qu’il s’agit d’« expériences pilotes » de l’UE, une pionnière en la matière, et « qu’il serait utile d’étendre à d’autres régions. » Une autre publication, rédigée par le spécialiste du thon rouge Jean-Marc Fromentin, de l’Ifremer, se demande si la régulation de la pêche européenne a pu sauver les stocks de cette espèce emblématique. Il rappelle que le basculement dans la surpêche du thon rouge s’est effectué dans les années 2000 en raison de la forte demande de la chair du poisson pour le marché du sushi-sashimi. 50 000 tonnes de tonnes de thons rouges étaient alors prélevées chaque année. En 2007, sous la pression notamment des associations environnementales, un plan de reconstitution des stocks sur 15 ans a été établi par la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (CICTA). De 2010 à 2014, 13 400 tonnes de thons rouges étaient ainsi prélevées annuellement. Aujourd’hui, le rétablissement du stock a encouragé la CICTA a autoriser l’augmentation des quotas jusqu’à 36 000 tonnes/an, un chiffre que Jean-Marc Fromentin juge peut-être trop optimiste : «  les résultats de ces projections sont entachés par un grand nombre d’incertitudes qui ne sont pas encore prises en compte par les modèles mathé- matiques utilisés, notamment sur les niveaux futurs de recrutement (nombre de jeunes poissons issus de la reproduction atteignant une taille suffisante pour rejoindre le stock), la mortalité naturelle ou la structure de la population ». Le chercheur enjoint donc à « observer attentivement les indicateurs scientifiques et des pêcheries pour voir si la reconstitution actuelle et importante du thon rouge n’est pas compromise par un rehaussement trop élevé des quotas. »