Pour une gestion des ravageurs de culture à l’échelle du paysage (1 min 30)

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Deux études complémentaires montrent que l’agriculture, si elle est pensée à l’échelle du paysage et non de la simple parcelle, peut contribuer à la préservation de la biodiversité, qui en retour délivre des services tels que la régulation des ravageurs des cultures.

En Afrique sahélienne, la sécurité alimentaire de plus de 60 millions de personnes dépend de la culture du mil, l’une des seules céréales capables de s’adapter au climat semi-aride. Or une chenille ravageuse menace les récoltes : la mineuse de l’épi de mil. Pourtant, les pertes de ce système de production vivrière ne sont que de 2 à 20%, alors que les agriculteurs n’ont pas recours aux pesticides. Dans le cadre de deux études de terrain au Sénégal, des chercheurs duCentre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et leurs partenaires, dont l’entomologiste Thierry Brévault et l’écologue du paysage Valérie Soti, ont montré que, sans l’action régulatrice des prédateur naturels de la mineuse de l’épi de mil, les pertes s’élèveraient à plus de 90%. La majorité des travaux portant sur le contrôle des ravageurs ont été menés à l’échelle de la parcelle ou du système de culture. Or, pour les deux chercheurs, les services de régulation rendus par la biodiversité sont « régis par des processus écologiques dont l’échelle spatiale d’organisation dépasse largement celle de la parcelle cultivée, affirme le Cirad dans un communiqué.Ainsi, la gestion agroécologique des ravageurs nécessite une approche collective et territorialisée de l’action, dont le fondement scientifique requiert des ponts entre l’agronomie, l’écologie et les sciences sociales.» Au Sénégal, leurs travaux montrent qu’une végétation diversifiée composée principalement d’arbre était l’amie des cultures. En d’autres termes, un système agroforestier hétérogène stimule la présence des ennemis naturels de la mineuse de l’épi de mil (en particulier des insectes prédateurs ou parasitoïdes, mais aussi des oiseaux et des chauves-souris), et donc son contrôle. Pour Thierry Brévault,« ce service invisible rendu par la biodiversité aux cultures doit être pris en compte dans les stratégies de gestion du ravageur et de développement de systèmes de production résilients et durables. »

A l’échelle mondiale, une des contraintes majeures à l’intensification des systèmes production agricole en milieu tropical est sans doute l’incidence des ravageurs. La stimulation des processus écologiques offre une voie prometteuse pour l’invention de modèles de gestion agroécologique de protection des cultures. Thierry Brévault propose des actions à deux niveaux : « l’action individuelle sur le milieu au travers de pratiques et d’innovations techniques compatibles avec les processus de régulation écologique», et « l’action collective à l’échelle du territoire au travers d’une gestion coordonnée des ravageurs ou d’aménagement des habitats pour favoriser les processus de régulation par les ennemis naturels. » Une gestion collective des services écosystémiques rendus par la biodiversité à l’échelle d’un territoire doit devenir le nouveau contour de l’action dans la lutte contre les ravageurs.

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