L’Australie détruit 105 planches de l’herbier du MNHN !

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Serge Muller
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Le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, dont l’herbier est le plus riche du monde avec ses 8 millions d’échantillons, déplore la perte irréparable de planches bicentenaires.

Serge Muller – responsable scientifique de l’herbier national

Révélée par la presse anglo-saxonne, l’affaire a mis en émoi le monde des botanistes : 105 planche issues de l’herbier du MNHN, prêtées à l’université australienne de Queensland, ont été envoyées à l’incinérateur par le service de biovigilance du ministère australien de l’agriculture. Serge Muller, responsable scientifique de l’herbier national, raconte l’enchainement qui a conduit à cette catastrophe patrimoniale : « En novembre 2016, nous avons reçu une demande prêt de planches du genre Lagenophora (qui comprend notamment les pâquerettes ou les marguerites) de la part de nos confrères de l’université de Queensland. C’est une procédure extrêmement courante, et qui ne pose jamais de problème : chaque année, nous répondons à une centaine de demandes de ce type. Début 2017, n’ayant pas de nouvelles de nos planches, nous avons demandé à nos correspondants ce qu’il en était. Ils nous ont affirmé n’avoir rien reçu. Après quelques recherches, le colis a été localisé au service de biovigilance, qui nous a réclame, le 17 mars, une attestation de non-contamination. Nous avons envoyé ce document le 22 mars… et le 4 avril nous avons reçu un courrier consterné du directeur de l’herbier de Queensland Gordon Guymer, écrit en français, qui nous informait de la catastrophe : les services de quarantaine avaient incinéré ces planches ».

L’Australie est réputée pour sa vigilance quant à l’introduction sur son territoire de végétaux susceptibles de porter des agents pathogènes ou parasites, ou de devenir invasifs sur son sol et de menacer ainsi sa biodiversité et encore plus son agriculture. Mais comment les agents du ministère de l’agriculture ont-ils pu confondre des planches bicentenaires (format 30 x 70 cm !) avec une cargaison de laitues ou de tulipes ? « A ce jour, nous n’avons reçu aucune explication » répond, laconique, Serge Muller.

Le Muséum français n’est pas la seule victime de cette mésaventure. Des botanistes néo-zélandais avaient envoyé à leurs confrères australiens des spécimens de lichens rarissimes… qui ont subi le même sort que les marguerites françaises. La France et la Nouvelle-Zélande ont immédiatement suspendu les échanges de spécimens avec l’Australie, imitées par de nombreux autres Etats soucieux de préserver leurs collections nationales.

Mais au fait, pourquoi les specimens voyagent-ils de la sorte à travers le monde ? Ne serait-il pas plus sûr de les numériser et de ne faire voyager que des données informatiques ? « L’herbier du Muséum est entièrement numérisé, explique Serge Muller, mais l’image ne suffit pas toujours à étudier un taxon. Il faut pouvoir le manipuler, éventuellement prélever du matériel pour une analyse ADN. Cette coopération internationale est essentielle, elle se fait au bénéfice de tous ».

De mémoire de botaniste, personne n’a souvenir d’une pareille mésaventure. Et chacun attend avec impatience que l’Australie fournisse une explication, à défaut d’excuses, et surtout réforme ses procédures : « au moins, s’ils considèrent que les échantillons ne peuvent pas entrer sur leur territoire, qu’ils nous les renvoient, au lieu de les détruire ! » conclut Serge Muller.