En Nouvelle-Calédonie, les campagnes d’abattage de requins interdites par la justice

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Face à une pratique « disproportionnée » des campagnes d’abattage de requins, la justice administrative de Nouvelle-Calédonie a interdit jeudi ces chasses préventives, relancées début 2023 à Nouméa afin de protéger les baigneurs après deux attaques dont une mortelle.

Saisi par l’association environnementale Ensemble pour la planète (EPLP), le tribunal administratif calédonien a demandé que cessent « les campagnes préventives de régulation de requins tigres et bouledogues aux abords des plages situées sur le territoire de la commune ».   Quelque 127 requins – 83 tigres et 44 bouledogues – ont été tués lors de campagnes d’abattage en 2023, selon l’association de protection des océans Longitude 181.   La justice a estimé que la décision de la maire de Nouméa, Sonia Lagarde (Renaissance) de procéder à des campagnes d’abattage systématiques de requins « était disproportionnée (…) d’autant plus qu’aucune étude scientifique précise n’a été menée pour connaître l’état des populations des espèces ciblées, ni les effets sur l’environnement de tels prélèvements ».  La province Sud de Nouvelle-Calédonie, également visée par un recours de l’association calédonienne EPLP, s’est également vu interdire cette pratique, cette fois-ci dans les réserves maritimes.   La collectivité, compétente en matière d’environnement, avait autorisé la mairie de Nouméa à conduire ces campagnes de pêche dans les réserves marines proches des côtes. Or « le principe d’une réserve est l’interdiction de toute pêche », peut-on lire dans le jugement consulté par l’AFP.   Si le tribunal administratif reconnaît l’existence de dérogations, celles-ci doivent être « limitées » et « proportionnées », ce qui pour le tribunal n’a pas été le cas.  Le 29 janvier 2023, une enseignante avait été grièvement blessée par un requin alors qu’elle nageait à une centaine de mètres du bord de la plage du Château-Royal, dans un quartier touristique de Nouméa.  Trois semaines plus tard, une nouvelle attaque avait coûté la vie à un touriste australien, au même endroit.  Au total, 203 animaux – 105 tigres et 98 bouledogues – ont été abattus depuis 2019, date à laquelle avait été autorisée la pêche de squales par la province Sud, après une attaque qui avait grièvement blessé un enfant de 10 ans à Nouméa.

Risque d’attaque en forte hausse

La maire avait alors interdit la baignade sur tout le territoire de la commune et mis en place des campagnes mensuelles d’abattage de requins tigres et bouledogues, deux espèces de squales de grande taille, les plus souvent impliquées dans les accidents avec l’homme.  « C’est un beau cadeau de Noël pour Ensemble pour la planète », a réagi auprès de l’AFP Didier Dérand, président de l’association Vivre autrement pour un environnement sain (Vagues).   « Contrairement à la Réunion, il y a, en Nouvelle-Calédonie, une grande fréquentation des bateaux de plaisance qui rejettent leurs déchets directement à l’eau, ce qui attire évidemment les bouledogues », a-t-il expliqué.     Contactée par l’AFP, l’avocate de l’association Sea Shepherd France, Me Marion Crecent, a quant à elle indiqué que l’association se « réjouit de cette décision qui vient rétablir un peu de protection » dans la zone.   Ces dernières années, le risque lié aux requins a fortement augmenté en Nouvelle-Calédonie, principalement à Nouméa.  Selon une étude de l’Université de La Réunion, la commune n’avait jamais connu d’attaque de ce type avant 2010. Depuis cette date, 13 des 32 attaques qui se sont produites en Nouvelle-Calédonie ont eu lieu à Nouméa.   Outre la pêche des squales, la commune de Nouméa mise également sur une autre pratique pour protéger les baigneurs: les filets anti-requins. Le plus grand, de 750 mètres de long, a été installé à la baie des Citrons, autre plage touristique de Nouméa, où aucune attaque de requins n’a pour le moment été enregistrée.   Mais cette mesure, dont les conséquences sur la biodiversité ne sont pas connues, est elle aussi décriée par les associations de défense de l’environnement.  Pour Didier Dérand, « le filet qui a été mis en place à Nouméa est trop restrictif vis-à-vis de la faune puisqu’il empêche le passage d’autres espèces ».   La commissaire-enquêteur chargé de l’enquête publique avait d’ailleurs émis un avis défavorable à la mise en place de ce filet.