🔻 Tirs croisés entre chasseurs et Verts autour de la ruralité

Photo d'illustration © jacqueline macou de Pixabay

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« Un conflit malsain » mené par de « nouveaux combattants verts » : le patron des chasseurs Willy Schraen oppose, dans un essai polémique, la ruralité aux écologistes, qui ripostent en contestant sa légitimité à défendre les campagnes.

« Nous avons une forme d’intolérance et d’extrémisme qui devient insupportable pour des gens qui sont sur des territoires et qui voient arriver des personnes avec cet état d’esprit« , a affirmé à l’AFP Willy Schraen, le président de la Fédération nationale des chasseurs, dont le livre très politique et virulent Un chasseur en campagne (Gerfaut) est paru récemment. Considéré comme le lobbyste des chasseurs, M. Schraen laisse entendre qu’il a l’oreille d’Emmanuel Macron à qui il « tire son chapeau » dans son ouvrage pour sa recherche de « solutions équilibrées« . Son ouvrage a par ailleurs été préfacé par Eric Dupond-Moretti – avant qu’il ne soit nommé garde des Sceaux – qui s’en prend au passage aux « ayatollahs de l’écologie« . Les ministres de l’Environnement des gouvernements Philippe et Castex n’ont en revanche pas ses faveurs. A ses yeux, Nicolas Hulot était une « catastrophe pour l’Etat« , son successeur François de Rugy « un ministre par défaut » et Barbara Pompili, qui a pris ce portefeuille lors du dernier remaniement cet été, est critiquée pour « ses mauvaises intentions » à l’égard des chasseurs. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Mais ce sont surtout les Verts d’EELV qui sont la cible du patron des chasseurs. Des écologistes dont il considère les résultats électoraux comme « essentiellement urbains » et qui imposeraient, selon lui, des points de vue citadins. « On a l’impression d’avoir des gens des villes qui font des lois pour les gens de la campagne« , s’emporte-t-il, évoquant « le ressenti des gens qui m’entourent« . « Je sens monter une rancœur, voire une colère« , assure-t-il, n’hésitant pas à parler de « confrontation idéologique dans les territoires« . A ses yeux, il y a « une opposition durable entre ruralité et l’immense bashing qui vient du monde de l’écologie, des animalistes ou des véganes » ou encore les « terroristes de la cause animale« . M. Schraen, qui assure ne pas penser à la présidentielle de 2022, accuse nommément l’eurodéputé Yannick Jadot et le secrétaire national d’EELV Julien Bayou « d’attaquer ouvertement la chasse et la ruralité, en utilisant le programme politique comme une arme de clivage violent entre les populations qui partagent les territoires« .

Interrogé par l’AFP, M. Bayou conteste les arguments du chasseur et surtout sa légitimité à se poser en porte-parole de la ruralité. « Il faut arrêter de raconter que les chasseurs c’est la ruralité : beaucoup à la campagne sont ulcérés de l’attitude des chasseurs qui privatisent les ressources naturelles« , affirme-t-il. « Souvent les chasseurs sont des gens de la ville qui viennent en SUV chasser les sangliers qu’ils ont eux-mêmes nourris« , réplique-t-il encore. M. Bayou se dit convaincu que les écologistes auront finalement gain de cause : « Dimanche sans chasse, interdiction de la chasse à courre, à la glu, du déterrage des blaireaux : on va gagner là-dessus, parce que toutes ces pratiques sont considérées par les Français, dans les sondages, comme étant ‘d’un autre âge’« . Il n’y a d’ailleurs pas que EELV qui ait réagi aux attaques de M. Schraen. Dans la majorité présidentielle, l’eurodéputé LREM Pascal Canfin a nié à la Fédération nationale des chasseurs sa légitimité à défendre la ruralité. « Ses propos sont de l’ordre de la polémique, de la caricature, et quelque part de l’imposture« . « Parce que quand il ne prend pas la défense de la chasse, il prend la défense de la ruralité« , un discours plus « attractif« , a-t-il considéré sur France Inter. S’il concède que « la chasse n’est pas la ruralité« , Willy Schraen ne cède pas de terrain : « Dire que ce n’en est pas une composante est une erreur« .

Quant à Eric Dupond-Moretti, il s’est défendu samedi 22 août d’avoir jamais considéré les Verts comme des « ayatollahs« , lors des « Journées d’été des écologistes » dont il était l’invité surprise à Pantin. Apparu peu avant la clôture, le Garde des Sceaux a également affirmé qu’il était « contre la chasse à la glu« , l’un des chevaux de bataille des écologistes. « Je suis contre la chasse à la glu parce que ce n’est pas une chasse sélective« , a-t-il dit. « Mais on ne peut pas jeter l’anathème sur tous ceux qui la pratiquent. Ce sont souvent des anciens. On peut avoir une appréhension différente (sur la façon de chasser) suivant ses racines« . Les Verts reprochent à M. Dupond-Moretti d’avoir signé, alors qu’il n’était pas encore ministre, la préface d’un livre du patron de la fédération des chasseurs Willy Schraen dans laquelle il dénonçait les « ayatollahs de l’écologie« . « J’ai vu ce qu’on disait (sur les réseaux sociaux) de mon propos » mais « c’est faux. J’ai stigmatisé les extrémistes, pas les écologistes » et « si je suis ici, c’est que je pense que vous n’êtes pas des ayatollahs. Sinon, je ne serais pas là« . « Ce sont les extrémistes que j’ai mis en cause« , a insisté M. Dupond-Moretti. « Je comprends que vous ayez été blessés » par la façon « dont le buzz a été présenté. J’ai fait le dos rond. J’ai attendu de venir ici pour m’expliquer« . L’ancienne vedette du barreau a également annoncé qu’il défendrait la création d’un « délit qui réprimera les atteintes majeures à l’air, l’eau et le sol« .

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