Abeilles : un recours contre la Commission européenne et des bulles pour polliniser les arbres

Photo d'illustration © Gundula Vogel de Pixabay

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Les abeilles déclinent dans le monde, entre autres à cause de l’utilisation des pesticides. Mais qu’on se rassure ! Si le recours de l’ONG Pollinis contre la Commission européenne, pour avoir accès à des documents concernant des tests de pesticides et les risques qu’ils représentent pour les abeilles, échoue, il restera toujours la solution du Professeur Eijiro Miyako : des bulles de savon pour polliniser les arbres fruitiers, en l’absence d’abeilles…

L’ONG Pollinis a annoncé mercredi 17 juin avoir déposé un recours contre la Commission européenne pour avoir accès à des documents concernant des tests de pesticides et les risques qu’ils représentent pour les abeilles. Ce recours a été déposé lundi 15 juin devant le Tribunal de l’Union européenne, selon un communiqué de l’association basée en France. Pollinis a demandé en janvier « l’accès à des archives qui permettraient de savoir quels pays européens s’opposent depuis sept ans à l’adoption des nouvelles procédures d’évaluation du risque des pesticides, des tests susceptibles d’écarter du marché les substances dangereuses pour les abeilles et les pollinisateurs sauvages« , accès qui lui a été refusé, selon le communiqué. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

« Lorsque les autorités européennes et les gouvernements refusent de rendre compte de leurs actions aux citoyens qu’ils sont censés représenter, alors le processus démocratique est en danger« , fait valoir Nicolas Laarman, délégué général de Pollinis, cité dans le communiqué. En mai 2019, l’ONG environnementale avait obtenu l’appui de la médiatrice européenne Emily O’Reilly, qui avait ouvert une enquête sur le sujet et qui recommandait à la Commission « de divulguer les documents« . La Commission européenne avait refusé, ce que la médiatrice qualifiait de « cas de mauvaise administration« . « Les citoyens européens ont le droit de connaître la position prise par leur propre gouvernement, tout comme celle prise en tant qu’Etat membre. La biodiversité est un sujet particulièrement important« , avait argumenté Emily O’Reilly.

Plutôt que de chercher à connaître les risques des pesticides et à en faire ralentir l’usage, des scientifiques imaginent déjà des solutions pour faire survivre l’agriculture en cas de disparition des abeilles. Ainsi, des drones lançant des bulles de savon pourraient servir à polliniser des arbres fruitiers, selon une étude japonaise publiée dans la revue américaine iScience. Professeur au Japan Advanced Institute of Science au Japon et auteur de l’étude, Eijiro Miyako travaille depuis plusieurs années sur des robots pollinisateurs, mais ces derniers avaient tendance à écraser les fleurs. « C’était très triste« , raconte-t-il à l’AFP. Le scientifique a alors l’idée d’utiliser des bulles de savon en jouant dans un parc avec son fils de trois ans. M. Miyako et Xi Yang, co-auteur de l’étude, ont analysé des bulles de savon au microscope confirmant qu’elles pouvaient transporter des grains de pollen.

Les experts ont ensuite testé les effets de cinq agents de surface disponibles dans le commerce pour faire des bulles, notamment le lauramidopropyl bétaïne utilisé dans l’industrie cosmétique pour ses propriétés moussantes. Il s’est révélé la meilleure option pour la croissance du tube qui se développe à partir de chaque grain de pollen après son dépôt sur une fleur. Ils ont mis la solution moussante dans une machine à bulles et projeté ces bulles chargées de pollen dans un verger de poiriers. Cette méthode, à raison de 2.000 grains de pollen par bulle, a permis de polliniser 95% des fleurs ciblées qui ont ensuite donné des fruits. « Cela a l’air un peu fantaisiste, mais la bulle de savon permet une pollinisation efficace et garantit des fruits d’une qualité équivalente à celle de la pollinisation manuelle conventionnelle« , souligne Eijiro Miyako.

Les chercheurs ont par la suite tourné leurs expérimentations vers le ciel, équipant un petit drone au parcours programmé avec un lanceur de bulles de savon. Cette fois les cibles étaient de faux lys, la saison de la floraison étant passée. Volant à deux mètres au-dessus du sol à une vitesse de deux mètres par seconde, l’engin a réussi à atteindre les plantes en plastique visées avec un taux de réussite de 90%. M. Miyako est actuellement en discussion avec une entreprise pour une future commercialisation de cette technique. Il ajoute cependant que la précision du robot peut encore être améliorée et qu’un ciblage automatisé des fleurs pourrait être ajouté. Cette étude est la première à explorer les propriétés des bulles de savon pour le transport du pollen et à envisager l’utilisation de drones autonomes. Les auteurs de l’article espèrent susciter un regain d’intérêt pour les méthodes de pollinisation artificielle.

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