🔻 Dans les Pyrénées, bataille juridique autour du Grand tétras

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Dans les Pyrénées, chasseurs et écologistes s’opposent sur le traitement réservé au Grand tétras, dont la chasse vient d’être suspendue par la justice.

Reconnaissable à son plumage noir, sa longue queue dressée en éventail et ses yeux cernés de rouge, le Grand tétras, plus gros oiseau terrestre sauvage d’Europe, se retrouve au cœur d’une vive bataille juridique dans les Pyrénées entre chasseurs et associations de protection de la nature. Dernier acte: le tribunal administratif de Toulouse a suspendu mercredi 14 octobre l’arrêté préfectoral autorisant les chasseurs à abattre huit grands tétras en Ariège. La juridiction avait été saisie par l’association France Nature Environnement (FNE), qui conteste désormais systématiquement ces arrêtés depuis une dizaine d’années. Cette année, les préfectures avaient autorisé quatre « prélèvements » dans les Hautes-Pyrénées, huit en Ariège et un en Haute-Garonne. Mais comme l’an dernier, les chasseurs ariégeois devront donc ranger leurs fusils. Une autre procédure est également en cours pour faire cesser la chasse à cet oiseau, également appelé Coq de Bruyère, dans les Hautes-Pyrénées.

« Ce petit jeu est stupide, lance Jean Guichou, le directeur de la Fédération de chasse de l’Ariège. Tous les ans, c’est la même histoire. Le juge du tribunal administratif, lui, on lui dit que l’espèce est en danger, il ne prend aucun risque, il ferme la chasse. Les associations font ça par idéologie, non pas pour le Grand tétras, mais parce qu’ils veulent faire interdire la pratique de la chasse« . « Nous attaquons des arrêtés préfectoraux, nous n’attaquons pas les chasseurs, qui défendent leur loisir. Ce n’est pas la même chose« , répond Thierry de Noblens, le président de FNE. « Depuis 2011, nous avons gagné 46 procédures qui donnent raison aux associations de protection de la nature. Mais l’administration est aux ordres des fédérations de chasse et s’assoit sur des dizaines de décisions de justice, alors que la population de grands tétras est en érosion constante« , selon lui. Contrairement à ses cousins du Jura et des Vosges, où il ne reste que quelques centaines d’individus, ou des Cévennes, où il a été réintroduit entre 1978 et 2004, le Grand tétras des Pyrénées, n’est pas classé comme espèce protégée.

« Mais nous ne voulons pas être les fossoyeurs de l’espèce, affirme Jean-Marc Delcasso, le président de la fédération de chasse des Hautes-Pyrénées, pour qui « le Grand tétras représente le Graal pour un chasseur pyrénéen« . « Quand l’indice de reproduction n’est pas bon, inférieur à un, c’est-à-dire moins d’un oisillon par poule, on ne le chasse pas. On n’a pas attendu que les écolos nous le disent. On n’a aucun intérêt dans les Pyrénées à voir disparaître le grand tétras !« , ajoute-t-il. L’animal, qui comptait 9.000 individus sur le massif pyrénéen après la Seconde guerre mondiale, a vu sa population fondre massivement jusqu’aux années 90. Avec une estimation d’environ 4.000 adultes sur le versant français du massif, « la tendance est aujourd’hui à une stabilité plutôt régressive, sans pour autant que la population ne soit en danger à court ou moyen termes« , assure Emmanuel Menoni, biologiste de la faune sauvage à l’Office Français de la Biodiversité (OFB) et spécialiste du Grand tétras. Selon lui, « la chasse a été un problème, mais elle ne l’est plus. Avec des niveaux de prélèvements aussi bas, c’est un mauvais procès que l’on fait aux chasseurs. Les quantités prélevées sont aujourd’hui insignifiantes et ne jouent plus de rôle démographique« , estime-t-il. Il est toutefois un constat partagé par tous: le grand tétras a des ennemis plus redoutables que les chasseurs. Les câbles électriques présents dans les montagnes ou de remontées mécaniques de stations de ski, ou encore les clôtures pastorales, provoquent chaque année des dizaines de collisions mortelles.