De la biodiversité dans le plan de relance ?

Photo d'illustration © Gabriela Piwowarska de Pixabay

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L’association Humanité & Biodiversité a adressé au ministre de l’économie Bruno Le Maire 15 propositions de mesures très concrètes à mettre en œuvre pour que la biodiversité ne soit pas, une fois de plus, la grande oubliée du plan de relance.

La biodiversité est essentielle au fonctionnement des sociétés humaines, des entreprises et de la vie… Elle recouvre la diversité des espèces (faunes, flores, microorganismes…) mais aussi leurs interactions et les écosystèmes qu’ils forment.

Les entreprises dépendent de la biodiversité, par les biens et services qu’elle procure («  services écosystémiques »), comme par exemple : toute la nourriture, le bois, les textiles, médicaments mais aussi la capacité des écosystèmes à filtrer l’eau, recycler une partie de la pollution, à stocker du carbone, réguler les crues ou les maladies ou parasites et sont aussi un support essentiel au tourisme ou source d’innovation (molécules, matériaux, processus chimiques…). La pérennité des entreprises et de leur chaine de valeur ne peut se faire sans préservation de la biodiversité.

« Des sommes considérables vont être investies pour le plan de relance,rappelle Humanité & Biodiversité. C’est une chance de pouvoir les orienter vers la transition écologique car une telle opportunité ne se représentera pas de sitôt ! »

Et l’ONG propose un catalogue de 15 mesures qui peuvent être mises en œuvre dans le cadre de e plan de relance :

Proposition 1 – Affirmer l’ambition d’une relance (et d’un pacte productif) neutre en artificialisation pour s’inscrire et être pionnier sur l’engagement gouvernemental ZAN « zéro artificialisation nette ».

Proposition 2 – Demander, comme élément d’éco-conditionnalité, à toutes les sociétés d’au moins 10 salariés qui bénéficient de manière directe ou indirecte du Plan de relance ou du Pacte productif (réduction de charge, aides quelconques…) de déposer un engagement dans le dispositif « Entreprises Engagées pour la Nature » porté par le MTES et l’Office Français de la Biodiversité (OFB).

Proposition 3 – Prévoir un dispositif d’évaluation ex-ante et ex-post des impacts sur la biodiversité du Plan de relance et Pacte productif, notamment en évaluant l’impact des mesures sur les 5 pressions contribuant à l’érosion de la biodiversité. L’OFB pourrait être mobilisée à ce titre.

Proposition 4 – Etablir une liste des subventions et fiscalités néfastes à la biodiversité  et un calendrier de suppression de celles-ci.

Proposition 5 – Ce plan de relance ne doit pas se faire au détriment des règles du débat public ou en détricotant le droit de l’environnement.

Après ces cinq propositions transversales, l’association détaille cinq secteurs économiques à soutenir :

Proposition 6 – Hôtellerie-restauration / Alimentation / Santé : Lancer un « chèque agroécologique local ».

Proposition 7 – Tourisme : Garantir que les activités touristiques en hexagone et en outre-mer reposent sur des critères de durabilité, promouvoir le développement de l’éco-tourisme.

Proposition 8 – Lancer des grands travaux de dépollution et de lutte contre les espèces invasives.

Proposition 9 – Bâtiment / construction : l’ensemble des soutiens à cette filière doit favoriser la construction à moindre impact écologique, dans un contexte de manque de logement décent pour les plus modestes, notamment en imposant strictement le Zéro Artificialisation Nette (lien avec la proposition 1).

Proposition 10 – Intégrer les mesures du plan Biodiversité du gouvernement, notamment de l’axe 2, qui concerne les entreprises afin de renforcer leur mise en œuvre et travailler plus spécifiquement dans le Plan de relance et Pacte Productif, sur la réduction des pressions sur la biodiversité des 4 filières identifiées comme prioritaires dans le Plan Biodiversité (énergie, chimie, construction, agroalimentaire…).

Enfin, la proposition de plan d’action remise au gouvernement identifie une série de marchés-clés et suggère des leviers d’action :

Marchés  « agriculture de précision et agro-équipements, alimentation durable pour la santé, biocontrôle animal et végétal , biothérapies et bioproduction de thérapies innovantes »

Proposition 11 – Sur l’ensemble de ces 4 marchés clés, développer la recherche sur la question des zoonoses et plus largement sur les liens entre « Santé & Biodiversité » afin d’orienter de manière pertinente ces 4 marchés.

Soutenir également certains modes de production comme l’agroforesterie et le pastoralisme, qui répondent aux enjeux d’une alimentation saine et durable (voir détail en Annexe 2).

Marché « carburants durables »

Proposition 12 – Lancer une étude approfondie sur les capacités et les impacts sur les filières de productions de bio-carburants afin de pouvoir décider d’une stratégie optimisée qui ne s’appuie pas sur des importations (directes ou indirectes) qui peuvent externaliser nos impacts sur la biodiversité (déforestation importée…) et n’aide pas notre souveraineté énergétique.

Marchés « éolien en mer, photovoltaïque »

Proposition 13 – S’assurer que l’ensemble des soutiens à ces filières EnR permettent une bonne prise en compte des enjeux de biodiversité pour ces 2 marchés et facilitent le développement de solutions innovantes en ce sens, permettant l’acceptabilité des projets et le développement d’un savoir-faire qui peut s’exporter.

Marché « bâtiment innovant »

Proposition 14 – soutenir également les solutions « non-technologiques » qui permettent de répondre aux enjeux identifiés, commet par exemple la végétalisation (avec une approche technique de génie écologique et pas simplement un « verdissement »), limitant ainsi la consommation de matériaux électroniques et les minerais correspondants.

Marchés « Nouvelle génération durable de matériaux composites « haute performance » ; produits biosourcés »

Proposition 15 – Créer un fond de recherche et de financement du biomimétisme (discipline de recherche-action qui s’inspire de molécules, matières ou procédés trouvés dans la nature afin de résoudre, avec une solution soutenable, des défis industriels), voire développer des clusters.

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