Pour une nouvelle politique des zones humides (2 min)

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A l’occasion de la Journée mondiale des zones humides, une mission parlementaire a analysé les besoins en terme de conservation et d’appropriation territoriale pour ces dernières.

Si les forêts sont le « poumon » de la planète, les zones humides en sont les « reins ». Pour sensibiliser le public, la journée mondiale des zones humides a démarré vendredi 1er février au lac de Grand-Lieu, près de Nantes, et sera marqué par un mois de manifestations. Lacs, marais, mangroves ou tourbières, les zones humides ont longtemps été considérées comme « des zones qui étaient un peu maléfiques, malodorantes, où on n’avait pas envie d’aller », rappelle Frédérique Tuffnell, députée LREM de Charente-Maritime, membre de la commission du développement durable, en charge d’une mission parlementaire sur le sujet. Pourtant ces territoires chargés d’histoire et victimes de l’urbanisation croissante permettent « d’amortir les conséquences du réchauffement climatique », assure Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec). « Le changement climatique, ce n’est pas qu’un changement de température, c’est aussi l’augmentation des vagues de chaleur, c’est un risque d’augmentation des pluies torrentielles », relève Mme Masson-Delmotte, et ces zones humides sont bénéfiques car elles stockent du carbone et permettent notamment de lutter contre les inondations. Il est important pour le public et en particulier les plus jeunes « d’avoir une fierté à protéger ces espaces-là », estime la climatologue.

Dans leur rapport de mission, Frédérique Tuffnell et le sénateur Jérôme Bignon se sont penchés sur les problématiques de restauration et de valorisation des milieux humides. Le constat est critique : « en dépit des effets positifs des politiques publiques et plans nationaux successifs, la tendance à la disparition de ces milieux n’a été qu’infléchie et n’a jamais cessé », indique le rapport. Certaines zones humides pâtissent notamment de l’ignorance par les propriétaires et les autorités de leur existence, et sont de fait sous-inventoriées. Outre une meilleure pédagogie à l’adresse du public, la mission recommande « un socle national de mesures communes à toutes les zones humides, [articulé à] une mise en responsabilité des territoires pour la préservation, la gestion, la restauration voire la création de celles-ci ». La création de « terres d’eau » serait par ailleurs indispensable, à travers par exemple un programme de restauration de 100.000 ha de tourbières. Dans une approche de valorisation touristique, le rapport suggère de créer un signe distinctif de qualité générique à destination des produits issus des « terres d’eau », ainsi « les collectivités peuvent ne pas être insensibles aux services économiques, récréatifs et culturels inhérents à la présence d’une zone humide à leur périphérie ». 

En France, les zones humides les plus emblématiques sont le marais poitevin, la baie du Mont Saint-Michel ou encore la Camargue. Cette dernière est un exemple réussi de reconversion d’anciens salins en remparts contre l’élévation du niveau de la mer. Ces anciens salins, désormais propriété du Conservatoire du Littoral,  procurent un vase d’expansion à l’intrusion marine, autrement dit, ils stockent temporairement l’eau de mer durant les crues. En outre, les salicornes et autres écosystèmes de marais peuvent retenir les sédiments. Cette « solution fondée sur la nature », en abandonnant neuf kilomètres de digues littorales, a permis d’économiser 13 à 17 millions d’euros. Les anciens salins sont par ailleurs devenus un refuge pour la biodiversité, notamment l’avifaune, abondante.