Fermes usines : l’indignation des agriculteurs, les excuses de Greenpeace (3 mn)

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Greenpeace France s’est excusé mardi auprès d’agriculteurs « qui ont eu le sentiment d’être injustement pointés du doigt » lors de la publication par l’ONG d’une cartographie interactive des « fermes-usines » en France basée sur des données partiellement erronées.

Le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume s’est posé jeudi en « bouclier face à l’agri-bashing » et a estimé que la plupart des exploitations recensées par Greenpeace dans une cartographie publiée lundi n’étaient « pas des fermes-usines », contrairement à ce qu’affirme l’ONG. « Je leur ai dit que je voulais être le bouclier face à l’agri-bashing le dénigrement systématique de l’agriculture- a déclaré le ministre après avoir discuté longuement avec les présidents de chambres d’agriculture, qui l’avaient invité lors d’une session à Paris. Le premier sujet, c’est le sujet de l’agri-bashing, c’est ce que j’ai ressenti le plus, c’est ce que j’entends et que je perçois chaque fois que je vais sur le terrain, a souligné M. Guillaume. Interrogé sur l’initiative de Greenpeace, qui a publié lundi une cartographie recensant selon l’ONG quelque 4.400 fermes-usines en France, le ministre s’est montré très critique. Moi, je suis pour une agriculture de petites exploitations, une agriculture familiale, je ne suis pas pour les fermes-usines, mais ce qui est montré du doigt malheureusement, ce ne sont pas des fermes-usines, pour la plupart, a-t-il affirmé. Quand dans une exploitation, il peut y avoir cent têtes de bétail, mais six associés, ce n’est pas une ferme-usine. », a-t-il estimé. Pour établir sa carte interactive, Greenpeace avait indiqué avoir ciblé toutes les installations dépassant les 750 emplacements pour les truies, 2.000 pour les porcs de production de plus de 30 kg, 40.000 pour les volailles, 400 pour les vaches laitières, et 800 pour les veaux de boucherie ou bovins à l’engraissement. « Le jour où j’aurai à dénoncer des pratiques agricoles qui ne seront pas conformes à la volonté de notre pays, je le ferai sans aucun problème, mais je veux être juste; c’est dommage qu’il y ait ces cartes, c’est dommage qu’on montre du doigt des exploitations qui ne sont pas des fermes-usines », a insisté M. Guillaume.

La présidente de la FNSEA Christiane Lambert avait interpellé lundi sur Twitter le gouvernement, demandant notamment à M. Guillaume de « dénoncer » les pratiques de Greenpeace, lesquelles s’apparentent selon elle à « la délation et la calomnie ». De son côté, la Confédération paysanne avait déploré une « caricature » de la réalité des fermes-usines en France, soulignant notamment qu’ « une ferme importante en nombre d’animaux est classée ICPE (Installation classée pour la protection de l’environnement), mais n’est pas pour autant une ferme-usine ». Un peu plus tard dans la journée, M. Guillaume a récidivé dans sa volonté affichée de défendre le monde paysan. Invité au colloque de l’interprofession des huiles et protéines végétales, le ministre a été interpellé par le président de la fédération, Arnaud Rousseau. « Il est une chose que l’agriculture et l’agroalimentaire français ne supportent plus, c’est le dénigrement permanent de leur métier et de leur savoir-faire », a déclaré M. Rousseau à la tribune. Il a qualifié d' »erreur » le lancement par le gouvernement de la « plate-forme glyphosate » la semaine dernière, laquelle permet de se signaler comme étant « sorti » du glyphosate ou en passe de l’être, afin de partager les bonnes pratiques. « Il ne faut pas le voir comme quelque chose de négatif », a répondu le ministre, provoquant ça et là quelques sifflets, quelques agriculteurs dans le public dénonçant une « délation » en creux, les agriculteurs ne figurant pas sur la plate-forme étant de fait désignés selon eux comme les mauvais élèves. Auparavant, M. Guillaume avait déclaré qu’il était « interdit de traiter un paysan d’empoisonneur ».

Greenpeace a reconnu « des erreurs sur sa cartographie, basée sur un fichier fourni par le ministère de la Transition écologique et solidaire et disponible en ligne, indique un communiqué de l’ONG mardi. Greenpeace France présente ses excuses aux agricultrices et agriculteurs dont la ferme s’est retrouvée sur cette carte alors qu’elle n’aurait pas dû y être, et qui ont eu le sentiment d’être injustement pointé-e-s du doigt, ajoute le communiqué. Cet épisode prouve aux yeux de l’association qu’aucune structure publique n’est aujourd’hui en mesure de donner un état des lieux fiable. Greenpeace affirme avoir toujours défendu l’élevage et condamne fermement tous les actes de violence à l’encontre des éleveurs (dégradation de fermes, d’abattoirs ou de boucheries). Cependant, la tendance est à l’industrialisation et à la concentration des exploitations agricoles qui peuvent avoir de graves impacts sur l’environnement et sur la santé des agriculteurs, ajoute l’ONG en estimant qu’il est temps de recentrer le débat ».