« Biodiversité » : le mot que De Rugy ne connaît pas… (2 mn)

Photo © Bruno Perroud Creative Commons (CC)

1949
⏱ Lecture 3 mn.

L’analyse des interventions du nouveau ministre à l’Assemblée nationale, de 2007 à 2017, montre que les mots « biodiversité », « espèces » ou « nature » n’appartiennent pas à son champ lexical.

On connaît les positions de François de Rugy sur le nucléaire, ou plus largement sur l’énergie, ou sur des dossiers comme celui de Notre-Dame-des-Landes, sur lesquels il s’est souvent exprimé. Mais sur la biodiversité ? Difficile de trouver une seule déclaration qui puisse éclairer sur sa vision du sujet, ou donner un aperçu des positions qu’il adoptera dans sa nouvelle fonction.

Candidat à la primaire de la gauche pour l’élection présidentielle de 2017, il a élaboré un programme en 66 propositions, sur tous les sujets de la vie politique (vote obligatoire, prise en compte du vote blanc, service civil obligatoire…) mais rien de marquant sur la biodiversité. Le sujet même était-il mentionné dans ce programme ? Impossible de le vérifier : toute trace de ces propositions a été effacée des sites de François de Rugy après que, un mois après avoir pris l’engagement public de soutenir le vainqueur de cette primaire, il a rallié Emmanuel Macron par souci de « cohérence ».

Député de la 1ère circonscription de Loire-Atlantique de 2007 à 2017, quelle part a-t-il prise aux débats sur la biodiversité ? L’analyse de son champ lexical n’est guère éclairante sur ce point : les mots « nature », « biodiversité », « espèces », ou même « paysages » n’y figurent pas !

Sur les 325 questions écrites que le député de Rugy a posées au cours de ses deux mandats, 10 seulement peuvent être rattachées de près ou de loin à la question de la biodiversité : une sur les OGM (mars 2012), deux sur la chasse (février 2012 et octobre 2014), une sur la forêt (mars 2012), une sur l’ours (juin 2011), une sur le loup (Juin 2011), deux sur les insecticides (février 2011 et janvier 2010), une sur les animaux de cirque (février 2010), une sur la PAC (février 2010) et une sur les abeilles (septembre 2013).

Et à l’oral, M. le député s’est-il plus activement préoccupé de biodiversité ? Pas vraiment : sur les 64 questions orales qu’il a posées pendant ses 10 années de mandat, aucune ne concernait, de près ou de loin, la biodiversité.

Aurait-on plus de chance avec les rapports parlementaires qu’il a rédigés ? Ou avec les amendements qu’il a déposés ? Ou encore les propositions de loi qu’il a soutenues ? Dans ces domaines-là, la quête s’avère tout aussi vaine.

Au cours de la législature 2012-2017, François de Rugy s’est exprimé principalement sur la délimitation des régions et la modification du calendrier électoral (214 interventions), sur la transparence de la vie publique (171 interventions), et sur beaucoup d’autres sujets (2348 interventions au total), mais il n’a abordé que 10 fois des sujets touchant à la biodiversité. C’est pourtant pendant cette législature qu’a été débattue et votée la Loi de reconquête de la biodiversité. Mais le sujet n’a pas paru passionner le député de Loire-Atlantique, qui n’a pris part au débat qu’à propos des articles 51 (sur les abeilles), 27a (pour torpiller un amendement visant à taxer les importations d’huile de palme) et 32 (chasse).

Réélu en 2017, il est devenu président de l’Assemblée nationale. L’analyse de son activité parlementaire ne peut évidemment s’effectuer sur les mêmes bases. Reste qu’il a marqué les esprits en faisant adopter par surprise, à quatre heures du matin, un amendement qui exclut la sortie du glyphosate du champ de la loi.

« Qui j’ai pour me défendre? », demandait publiquement Nicolas Hulot avant sa démission. « Est-ce que j’ai une société qui descend dans la rue pour défendre la biodiversité? Est-ce que j’ai une formation politique? ». En matière de biodiversité, ce n’est pas sur François de Rugy qu’il aurait pu compter.