Fillon et Macron à la chasse aux voix

© Rodimov Pavel Fotolia

1781
⏱ Lecture 3 mn.

Les deux candidats ont pris la parole à l’occasion de l’assemblée générale de la Fédération nationale des chasseurs.

François Fillon, qui se dit victime d’une « chasse à l’homme, a ironisé mardi sur les vrais chasseurs dans une campagne où les balles volent bas », devant la Fédération nationale des chasseurs, alors que n’avait pas encore été rendue publique sa mise en examen. Au côté de Gérard Larcher, président LR du Sénat, qu’il a dépeint comme une « fine gâchette mais jugé pas coupable de crime contre la biodiversité », le candidat dans la tourmente a fait un rapide discours d’un quart d’heure et a été applaudi à plusieurs reprises. « Je me sens parfaitement à l’aise parmi vous », a lancé ce député de Paris et ancien élu de la Sarthe, avant de parler « ortolans », « barge à queue noire », « tétras des Pyrénées », ou « plan de tir raisonnable ». Il a défendu sa vision pour défendre la chasse, notamment face à « une écologie plus idéologique que pragmatique », promettant un texte de loi en vue de la simplification et du développement de la chasse « dès l’année prochaine » au menu du Parlement. Le mouvement CPNT (Chasse, pêche, nature et traditions) avait indiqué la semaine dernière avoir intégré, « en tant que partenaire des Républicains », l’équipe de campagne du candidat à la présidentielle.

Emmanuel Macron, qui lui a succédé à la tribune s’est déclaré favorable à la réouverture des chasses présidentielles. « J’ai eu l’impression de commettre une forfaiture terrible en disant que j’étais favorable à la réouverture des chasses présidentielles, de manière encadrée, transparente, a déclaré l’ancien ministre de l’Économie et ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée. Ces chasses ont été remplacées par des battues de régulation depuis 2010. Il ne faut pas être honteux, il faut les reconnaître comme un élément d’attractivité. C’est quelque chose qui fascine partout, ça représente la culture française, c’est un point d’ancrage, a-t-il insisté, en plaidant pour inscrire davantage la chasse dans l’économie, via le tourisme cynégétique. Les chasseurs du monde entier ignorent encore trop souvent qu’il est possible dans notre pays de chasser, qu’il y a des chasses formidables, a encore plaidé M. Macron.

Lors de son allocution d’une vingtaine de minutes, le candidat d’En Marche a assuré qu’il serait « rigoureux pour la protection des espèces protégées, et que, dans cette perspective, il ne souhaitait pas revenir sur la directive oiseaux, qui encadre notamment la chasse de gibier à plumes au niveau européen. Je pourrais vous dire qu’on va rouvrir la directive oiseaux mais je vous mentirais, on n’y arrivera pas, a assuré l’ancien ministre de l’Economie, qui a proposé de travailler, à la place, à une nouvelle directive sur la biodiversité au niveau européen.

Macron a aussi souhaité que « les chasseurs soient associés aux autres acteurs de défense de la nature au sein de la nouvelle Agence française de la biodiversité (AFB). Il faut que vous soyez représentés à la fois dans la gouvernance et dans les travaux », a poursuivi le candidat d’En Marche. L’AFB, qui regroupe quatre organismes publics et pilote depuis le 1er janvier la préservation de la faune et la flore, n’inclut toutefois pas l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), en raison de l’opposition des chasseurs.A un chasseur inquiet d’une éventuelle main tendue de M. Macron aux écologistes d’Europe Ecologie-Les Verts et à leur programme sur la chasse, l’ex-ministre de l’Economie a répondu, ironique: « Je me suis arrêté à la ligne sur le nucléaire et ça m’a suffi. Je sais là dessus à quoi m’en tenir. »

Les quelques 1,2 million de chasseurs constituent un électorat convoité pendant les campagnes présidentielles. Leur vote penche traditionnellement plus à droite qu’à gauche, mais n’est pas uniforme.