🔻 25 ans après les premiers lâchers, l’ours « un patrimoine » toujours clivant

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Les mesures d’effarouchement des ours ont été reconduites pour une troisième années dans les Pyrénées. 25 ans après les premiers lâchers, l’ours demeure « un patrimoine » toujours clivant.

Dans un arrêté paru le 4 juin au Journal Officiel, le ministère de la Transition écologique a décidé de reconduire pour une troisième année l’expérimentation de mesures d’effarouchement de l’ours malgré l’avis négatif du Conseil national de la protection de la nature (CNPN) – « il n’est pas possible de mesurer les effets bénéfiques au regard de l’objectif initial mais qui comporte un risque pour la conservation de l’ours« , avait-il écrit – et de plus de 90 % des 3 000 contributions recueillies lors de la consultation publique. « La délivrance des dérogations permettant la mise en œuvre de l’effarouchement est conditionnée à l’utilisation des moyens de protection du troupeau« , explique le ministère. L’arrêté « en comparaison des précédents, renforce les exigences en matière de formation, apporte de nombreuses précisions sur les conditions de réalisation des tirs d’effarouchement renforcé, et réserve l’usage des balles en caoutchouc aux situations où l’ours représente un risque en raison d’un comportement menaçant », ajoute-t-il.

25 ans après les premiers lâchers dans les Pyrénées, l’ours demeure un sujet clivant. « La réintroduction est un succès biologique. Du point de vue de la cohabitation avec l’agropastoralisme, il reste du travail à faire« , estime Alain Reynes le directeur de Pays de l’ours Adet. « L’ours c’est un patrimoine biologique et un patrimoine culturel des Pyrénées« , plaide-t-il. Deux femelles ont d’abord été lâchées dans la forêt de Melles, Ziva le 19 mai 1996 et Mellba un mois plus tard. En 1997, le mâle Pyros les a rejointes. Alors que les plantigrades se comptaient sur les doigts d’une main au mitan des années 90, après de nouveaux lâchers ils sont aujourd’hui 64 selon un comptage officiel. Mais la population est toujours fragile : « On pensait qu’avec une cinquantaine d’individus on aurait une population
pérenne, mais on s’est rendu compte qu’ils sont issues pour la plupart de deux mâles« , affirme Adrien, l’un des deux guides naturalistes de Pays de l’Ours Adet. Pour éviter une telle consanguinité, il faudra rapidement « introduire de nouveaux individus« , complète ce gaillard barbu à l’allure de viking.

Pour François Thibault, le monsieur Ours de la Confédération paysanne de l’Ariège, le grand prédateur pose problème dans ce département qui concentre à lui seul 80% des individus: « l’essentiel de la prédation c’est ici. Sur l’estive d’Ustou on a pu compter le passage de 17 ours. » « Un éleveur qui trouve ses bêtes éventrées c’est quelque chose d’extrêmement violent« , dénonce le syndicaliste paysan. Cet éleveur, qui possède lui-même un troupeau de 200 brebis, note toutefois une baisse de la prédation en 2020. Il souligne surtout « un changement favorable de la part des agents de l’Etat (Office de la Biodiversité) depuis la mise en place d’une brigade d’effarouchement« . Ruppert Vimal, un géographe du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) qui mène une étude sur la cohabitation entre l’ours et l’agropastoralisme, affirme que chez les éleveurs on assiste « à un tournant depuis deux ans avec cette possibilité de l’effarouchement« . « C’est une logique différente (de ce qui se faisait avant) qui marque que l’homme est aussi chez lui et que l’ours n’est pas intouchable« .

Selon le chercheur, « même s’il existe toujours une minorité bruyante et agissante » d’opposants à l’ours, si l’on regarde « à l’échelle de l’estive, (les éleveurs) sont dans une logique d’acceptation et d’adaptation« . La présence de bergers et de chiens Patous a été ainsi renforcée et quelques estives résistent encore au parcage de nuit des brebis. Outre l’abatage de 3 ours en 2020, on peut noter comme signe de cette pression persistante des anti-ours radicaux une vidéo de 2017 envoyée au média locaux. On y voyait des hommes armés et cagoulés façon FNLC menacer « de rouvrir la chasse à l’ours en Ariège et de mener une résistance active face aux agents de l’État« , disait l’un d’eux avec un fort accent ariégeois.