🆓 Nature débridée… naturalistes confinés ! (3 mn)

Photo © Kathy Büscher de Pixabay

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Rageant. Alors que le ralentissement brutal de l’économie permet à nombre d’espèces et d’écosystèmes de se déployer sans entrave, les scientifiques ne peuvent pas les observer !

Que se passe-t-il pour la faune et la flore quand la moitié de l’humanité est assignée à résidence ? Plein de choses, sans doute, et de nature à passionner les chercheurs… si seulement ils pouvaient les observer ! Car comme tout le monde, les scientifiques sont confinés, et les naturalistes en particulier. Or si certaines disciplines peuvent s’accommoder du télétravail, impossible de conduire des observations naturalistes de terrain sans mettre le nez dehors. « La collecte de données à long terme dans le cadre de projets menés depuis plus de 40 ans, la possibilité de nourrir les animaux vivants et les plantes aquatiques qui font partie d’expériences en cours, et le fonctionnement de systèmes de base tels que les pompes à eau de mer sont quelques-unes des activités qui ont été suspendues ou complètement arrêtées »,explique par exemple sur le site Mongabay Oris Sanjur, le directeur associé pour l’administration scientifique de l’Institut de recherche tropicale Smithsonian (STRI) au Panama.

Ces restrictions, frustrantes pour la connaissance scientifique, peuvent aussi remettre en cause la carrière de jeunes chercheurs :« Un doctorant a dû abandonner ses expériences sur le terrain au Panama, une autre doctorante n’a pas pu commencer son travail dans les Andes péruviennes, un post-doc a été évacué du confinement au Congo après de longs délais, plusieurs collègues latino-américains ont été bloqués au Royaume-Uni et n’ont pas pu rentrer chez eux, et les expériences brésiliennes sur le changement climatique et les mesures de traçage sont en suspens alors que les campus universitaires et les voyages sont tous fermés », détaille au même site Oliver Phillips, titulaire de la chaire d’écologie tropicale à l’université de Leeds.

Des tropiques aux pôles, les chercheurs de terrain abandonnent les sites d’étude en raison des restrictions de voyage et de la crainte d’attraper ou de propager le nouveau coronavirus. Les chefs de projet prennent des décisions difficiles quant à l’annulation des projets sur le terrain et s’efforcent d’aider les étudiants à rester productifs. Des flottes de navires de recherche ont été immobilisées et les équipages mis en quarantaine. En conséquence, les chercheurs se préparent à combler les lacunes potentiellement dévastatrices dans les ensembles de données à long terme sur la flore, la faune, le climat et la chimie du monde. Même les études automatisées sont en péril, car de nombreux instruments coûteux nécessitent des soutiens humains. « Il n’y a jamais eu d’autre moment dans l’histoire où nous avons vu un arrêt mondial des enquêtes et de la collecte de données sur les espèces et les écosystèmes », a déclaré au magazine SciencemagBen Halpern, écologiste au Centre national d’analyse et de synthèse écologiques de l’Université de Californie, à Santa Barbara.

En Europe, et particulièrement en France, certaines observations très liées à la saison –et elles sont particulièrement nombreuses au printemps !- devront être repoussées à l’an prochain, voire carrément annulées. Pour les chercheurs qui les préparent parfois depuis plusieurs mois ou années, un tel décalage peut être catastrophique : les financements seront-ils toujours là l’an prochain ? Les échéances (soutenance de mémoire ou de thèse par exemple) pourront-elles être repoussées ?

Pendant que les chercheurs sont empêchés, la nature revit : « sur les dunes du Bagnas, secteur à très fort enjeu écologique, qui sont victimes de sur-fréquentation humaine toute l’année, pour la première fois de mémoire d’homme, aucune trace de pas n’est visible sur les dunes, raconte par exemple Julie Bertrand, garde de la Réserve naturelle.Les cheminements créés par les naturistes se referment et les espèces commencent à occuper librement la place… Petits gravelots, Mouettes rieuses, Perdrix rouges sont visibles, mais aussi renards, lapins, et divers petits reptiles et insectes laissent leurs traces non visibles habituellement… Et tout récemment, nous avons pu observer une ponte de gravelot à collier interrompu. C’est une première depuis la création de la réserve ». Les scientifiques vont rater tout ça…