« Zéro artificialisation nette »… Mais encore ?

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Un article publié par la revue Diagonal met l’accent sur les limites de la notion de « zéro artificialisation » et sur les difficultés de mise en œuvre.

Pour les écologues Marc Barra et Philippe Clergeau, les deux auteurs de l’article, deux mots sur trois posent problème dans l’expression « Zéro artificialisation nette ». D’abord, pourquoi « nette » ? Pourquoi pas zéro artificialisation tout court ? « Le terme «nette » révèle dès le départ son ambiguïté : il laisse la possibilité de continuer à aménager comme avant, à partir du moment où des surfaces équivalentes sont restituées à la nature. C’est une vision flexible de la nature, incompatible avec le besoin de protéger sur le long terme les espaces naturels, écrivent les auteurs. Réduire l’artificialisation dans une région ne risque-t-il pas de créer un report de l’artificialisation dans d’autres territoires ? Est-il par ailleurs acceptable de compenser l’extension urbaine dans une région par de la renaturation dans une autre ? »

Et puis, que signifie exactement « artificialisation » ? « Les espaces agricoles ne peuvent pas tous être considérés comme non artificialisés. En ville, un espace vert ou un site en agriculture urbaine ne peut pas être considéré comme artificiel au même titre qu’un parking ou un supermarché, ce qui est le cas aujourd’hui. Dès lors qu’un sol est imperméabilisé, par exemple par du bâti, on comprend qu’on obère la possibilité d’un terrain de (re)devenir un écosystème, un site d’accueil pour les espèces et une source de services (infiltration des eaux, régulation des pollutions, etc.). Un site non imperméabilisé, lui, peut dans presque tous les cas être, avec plus ou moins de temps, restauré ou requalifié pour accueillir de la biodiversité ». Pour les deux écologues, « il semblerait plus pertinent de s’engager vers une définition qui combine une distinction entre sols imperméabilisés et non imperméabilisés, qui représente le contraste le plus fort et de l’accompagner d’un indice de qualité écologique (qualité des sols, biodiversité en surface) ».

Les deux auteurs formulent en conclusion une proposition concrète : la création d’un corps d’écologues, conseillers de l’Etat, qui pourraient accompagner les projets aux côtés des architectes et des paysagistes, et devenir des acteurs directs de la mise en place du « Zéro artificialisation », de la séquence Eviter-réduire-compenser, des trames vertes et bleues, etc.

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