🔻 Rapport : comment mieux anticiper les conséquences de la sécheresse sur les milieux

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Le CGEDD et le CGAAER ont été chargés d’une mission de retour d’expérience sur les deux épisodes caniculaires de l’été 2019. Les conséquences et enseignement de ces événements ont été analysés, notamment dans les domaines des forêts et des milieux naturels.

Un rapport intitulé « Retour d’expérience sur l’épisode caniculaire et la sécheresse 2019« , publié par le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) et le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), analyse entre autres les impacts sur les milieux naturels de la sécheresse et des canicules. Ses conclusions : les conséquences du changement climatique sur le vivant font l’objet de trop peu de recherches, et ne sont pas assez largement anticipées.

En ce qui concerne les milieux aquatiques, la récurrence des épisodes de sécheresse (2017-2019) a pour effet de modifier l’ensemble du cortège faunistique et floristique, « avec une disparition des espèces autochtones les plus sensibles au profit d’espèces tolérantes ubiquistes« , note le rapport. Il n’existe toutefois pas de protocole généralisé permettant de dresser un bilan national « espèces » des conséquences, même si quelques exemples ont pu être relevés par l’Office français de la biodiversité (OFB). La mission, qui a constaté la fragilité des réseaux de suivi et la rareté des programmes de recherche, propose de les conforter (notamment l’état d’écoulement des rivières), de s’intéresser à la prolifération des cyanobactéries et enfin d’améliorer la prévision saisonnière des niveaux de nappe et des débits d’étiage, tout en développant les solutions fondées sur la nature (zones humides, haies, ripisylves…) qui permettent d’atténuer de telles crises.

« Le nombre de fiches de dépérissement des milieux forestiers a augmenté en 2018 et 2019 de même que les taux de mortalité en matière de plantations, deux constats déjà connus par le passé. Des phénomènes peu repérés jusqu’à présent ont néanmoins été observés en 2019 (dépérissement inédit ou attaque par des insectes de certaines espèces), mais il est difficile de quantifier la totalité des conséquences » poursuit la mission, qui recommande de conforter les outils actuels de suivi des crises sanitaires avec son réseau de suivi sur le terrain, d’engager un suivi cartographique par laser LIDAR des mortalités des boisements et de développer un outil de télédétection commun avec d’autres pays européens concernés.

En termes de risque incendiaire, les surfaces brûlées ont été divisées par trois depuis 1995 mais sont susceptibles de connaître une inflexion nouvelle du fait du changement climatique (allongement de la période de risque de feux). « Il importe d’harmoniser et de déployer un outil national unique de prévision du risque d’incendie permettant de les suivre et les caractériser de façon plus homogène et interprétable, de stopper le mitage et le développement de constructions légères en forêt, et de réfléchir aux pratiques agricoles du futur dans les zones à risques. » La mission recommande aussi la mise en œuvre d’une initiative forte en matière de reboisement, à l’exemple de l’Allemagne, afin de maintenir et développer le capital productif de la forêt française et le stockage du carbone dans l’objectif d’atteindre les objectifs 205O de neutralité des émissions de gaz à effet de serre (GES).

« S’il n’y a pas de suivi mettant en évidence un impact des canicules et de la sécheresse sur les espèces faunistiques ou floristiques des milieux bocagers, il a été observé qu’ils ont joué un rôle atténuateur vis-à-vis des épisodes extrêmes 2019, à l’égard de la faune (domestique ou sauvage) et des milieux environnants. » La mission propose de conforter et de pérenniser le dispositif national de suivi des bocages en garantissant ses financements et en renforçant ses partenariats scientifiques. De manière générale les impacts sur les espèces sont répandus mais peu quantifiables, seules quelques observations ont pu être recensées. Il est proposé de conforter l’animation des réseaux des réserves naturelles, conservatoires d’espaces naturels, botaniques et parcs naturels régionaux, avec un programme dédié aux suivis des effets des canicules et sécheresses sur les milieux naturels, de développer un suivi des écosystèmes et de commander au Muséum national d’histoire naturelle une analyse des données du programme du suivi temporel des oiseaux communs (STOC), au regard des événements de l’été 2019.

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