Gestion du loup : la France, cancre de l’Europe

Photo © Rain Carnation de Pixabay

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Un rapport remis au gouvernement montre qu’en dépit des tirs autorisés par le « plan loup », et des sommes affectées à la protection et aux indemnisations, les dégâts aux troupeaux sont bien plus élevés en France que dans les autres Etats européens. Cherchez l’erreur…

La France détient, de très loin, les records du nombre de dommages (en valeur absolue ou rapportés au nombre de loups), du coût public de la protection et du montant des indemnisations de dommages. C’est l’un des principaux enseignements du rapport que vient de remettre une mission constituée d’experts du Conseil général de l’environnement du développement durable (CGEDD) et du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER).

Ainsi, si l’on compare les régions PACA et Rhône-Alpes (avant le rapprochement avec l’Auvergne), soit un territoire de 75 000 km2à la région espagnole de Castille-et-Leon (94 000 km2), on recense trois fois plus d’ovins (3 millions) et de loups (1400) en Espagne qu’en France (1 million de moutons, 500 loups). Mais 3 300 attaques en France contre seulement 2000 en Espagne. Et 11 100 animaux indemnisés en France, contre 3 000 en Espagne.

L’appui à la protection est beaucoup moins généreux dans les autres pays européens qu’en France. Cela tient parfois à l’absence de mobilisation des budgets nécessaires. Mais, cela semble surtout lié au fait que seuls les investissements ou les surcoûts par rapport à une activité hors présence du loup sont pris en compte, d’où l’exclusion du financement des bergers ou aide-bergers. L’appui à la protection est également plus exigeant dans la mesure où la mise en place effective des mesures décidées est partout contrôlée sur le terrain.

L’indemnisation publique des dommages, lorsqu’elle existe, est toujours conditionnée à la mise en place de mesures de protection. Lorsqu’elle n’existe pas, les éleveurs ont la possibilité de recourir de façon volontaire à un système d’assurance privé, parfois en partie subventionné.

« Tout se passe donc, écrivent les rapporteurs,  comme si l’implication de l’éleveur – qui dispose d’une grande liberté pour choisir ou adapter ses modalités de protection – et sa responsabilité dans la mise en place d’une protection efficace, étaient déterminantes pour minorer, de façon significative les dommages et leur coût public. Selon les mêmes principes d’implication et de responsabilité, il serait intéressant de réfléchir, dans le cadre de la révision en cours de la politique agricole commune, à faire évoluer notre système en instaurant un versement d’aides forfaitaires liées à la présence du loup et incluant une composante « dommages ».

Une telle évolution devrait s’accompagner de la mise en place d’une gestion plus volontariste de la population lupine française, tout en suivant de près son bon état de conservation pour lequel la France a pris des engagements européens et internationaux, les deux n’étant pas incompatibles. Plusieurs des pays européens se sont montrés intéressés par « l’exemple français » en matière de tirs létaux que de nombreux interlocuteurs considèrent comme un moyen de prévention complémentaire des dommages.

La France a, depuis plusieurs années, beaucoup plus recours aux tirs que les autres pays visités qui l’utilisent de façon très exceptionnelle pour certains, pas du tout pour d’autres. Cela n’a pas empêché la solide installation du loup dans le quart sud-est du pays, ni la dynamique de son expansion en cours.

La mission énonce dans son rapport 11 recommandations, qui vont de la structuration de la filière canine pour disposer de chiens de protection réellement efficaces à la création d’un observatoire national du loup, indépendant des acteurs impliqués dans le dossier.

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