Le danger du datura pour les cultures (1 min 30)

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Plusieurs cas de denrées alimentaires contaminées par le datura, une plante toxique, ont été signalés ces dernières années. L’Inra fait le point sur la façon dont les cultures peuvent se retrouver contaminées.

Le 11 mars, la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) a publié sur son site un avis de rappel de haricots surgelés contaminés par le datura (Datura stramonium). Plusieurs hypermarchés ont rappelé des lots de ces denrées suite à cette communication. C’est la seconde fois en quelques mois que cette plante toxique fait l’objet d’alertes : en janvier, 25 personnes avaient été intoxiquées en Martinique après avoir consommé de la farine de sarrasin contaminée. Dans un communiqué publié le 5 avril, l’Institut National de la Recherche Agronomique (Inra) explique pourquoi le datura, une plante présente estivale présente dans toute la France et contenant d’importantes teneurs en alcaloïdes toxiques et qui pénètre les terres cultivées, est susceptible de contaminer certaines denrées et pas d’autres. « En France, les lots problématiques retirés du marché concernent surtout des farines de sarrasin (aussi appelé blé noir) contaminées par des graines de datura, ainsi que des surgelés ou conserves de légumes polluées par des fragments de plante », explique l’Inra. Blé, orge et colza, des cultures d’hiver, sont épargnés par la plante car elle est sensible au gel. De même, soja, tournesol et maïs, dans lesquels le datura peut se trouver à de fortes densités, ne posent pas de risques sanitaires, car leurs graines excèdent largement la taille des semences produites au sein de la capsule du datura, permettant aux grilles de récolte un tri sûr. « En cultures légumières, les choses se corsent. Le datura est en effet à floraison quand se fait la récolte de certains légumes verts. Les épinards, les haricots et flageolets sont plus particulièrement sujets à ce que des fragments de la plante, tous toxiques, soient inclus par inadvertance. Il peut alors s’avérer difficile de distinguer un fragment végétal de haricot d’un fragment de datura… » Le sarrasin est également problématique, car il est semé du printemps à l’automne, période propice au datura. « La taille du datura devrait permettre de le repérer et de l’éliminer en amont de la moisson, mais la distinction devient d’autant plus difficile que les plantes sèchent. » 

L’Inra rappelle également que certaines pratiques peuvent favoriser la dissémination du datura. « Ainsi, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail a constaté que 30 à 50 % des lots de graines de tournesol et de mélanges de graines à destination des oiselleries sont contaminés par du datura. » Par ailleurs, malgré le risque d’intoxication, différentes espèces et variétés de datura sont également toujours proposées en jardinerie du fait de la qualité esthétique de la fleur. Certains sites de jardinage ont même pu aller jusqu’à proposer d’introduire sciemment le datura dans les parcelles maraîchères, dans l’espoir de contenir certains insectes ravageurs herbivores, une pratique dont l’efficacité n’a jamais été démontrée.