Paradis d’oiseaux sauvegardé en Polynésie française

© marie helene burle

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Les habitats de cinq îles éloignées de Polynésie française ont été restaurés, protégeant ainsi plusieurs espèces oiseaux extrêmement rares des prédateurs introduits.

La Gallicolombe erythroptère (Alopecoenas erythropterus, appelé localement Tutururu), un gros pigeon terrestre, est l’un des oiseaux les plus rares du monde, avec moins de 200 individus survivants dans l’archipel des Tuamotu, en Polynésie française. Jadis, l’espèce était largement distribuée dans les archipels du Pacifique. La prédation et la compétition engendrées par la présence de mammifères, spécialement les rats introduits de façon concomitante à l’arrivée des premiers explorateurs du Pacifique, ont entraîné cette espèce au bord de l’extinction.

BirdLife International, SOP-Manu-Société d’Ornithologie de Polynésie et Island Conservation ont mutualisé leurs efforts en 2015 pour restaurer, avec l’implication de nombreux bénévoles, les îles de l’archipel Tuamotu en y éliminant les prédateurs introduits. Suite à cet audacieux programme de dératisation, les îles ont retrouvé leur caractère originel, et des oiseaux comme la gallicolombe erythroptère, mais aussi la faune et la végétation endémiques montrent désormais des signes de meilleure santé.

La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), qui se fait le relai de l’opération en métropole, a indiqué dans un communiqué que « les îles Vahanga, Tenarunga, Temoe, Kamaka, Makaroa et Manui étant situées à plus de 1 500 km de Tahiti, un déploiement logistique considérable a dû être engagé, après plusieurs années de mise au point et de regroupement des fonds nécessaires […] Il a fallu couvrir le coût de 165 heures de vol en hélicoptère et trois navettes de transport maritime pour acheminer les tonnes de matériel fournis par des partenaires clés tels que les laboratoires Bell et Tomcat. »

Un suivi réalisé en avril 2017 a confirmé le succès de cette restauration des habitats, désormais libres de prédateurs introduits, après deux ans d’efforts dans des conditions parfois très difficiles, comprenant de longs voyages en mer. La surface d’habitat favorable où se reproduit la Gallicolombe ainsi que le rare Chevalier des Tuamotu (Prosobonia parvirostris, localement appelé Titi) a plus que doublé, et les végétaux endémiques de l’île de Tenarunga ont connu une croissance spectaculaire. « Mais les bénéfices de cette dératisation s’étendent au-delà des habitats naturels, précise le communiqué. Les producteurs de noix de coco déclarent avoir doublé leur production en 2016, ressource principale dont vivent ces communautés isolées ».

Des opérations de réintroduction sur des îles autrefois occupées par le tutururu et le titi, telle que Temoe, dans l’archipel des Gambier, sont également conduites pour augmenter leur aire de répartition. « Le défi qui attend maintenant les associations impliquées dans la restauration des habitats insulaires est la biosécurisation des cinq îles dératisées, conclut le communiqué. Il s’agit en effet de surveiller l’éventuel retour des prédateurs introduits et d’assurer une prévention à long terme. »