Les pièges à moustiques démontrent leur efficacité

Photo © Jovo Fotolia

1532
⏱ Lecture 2 mn.

Une période de test de huit mois en Camargue a permis aux scientifiques de conclure que les nouveaux pièges à moustiques neutralisaient autant de moustiques que les insecticides.

Depuis 2006, le bacille Bti (bacillus thurigiensis) est utilisé en Camargue dans le cadre d’importantes campagnes de démoustication, à des fins de confort humain et de prévention des maladies transmises par le moustique. Bien qu’il soit l’insecticide le plus sélectif et le moins toxique disponible actuellement sur le marché, d’importants impacts sur la biodiversité ont été relevés par des scientifiques de l’institut de recherche de la Tour du Valat. Dans un dossier consacré à la démoustication, l’institut indique que ses analyses comparatives des zones traitées et non-traitées au Bti ont révélé « une baisse de 33 % dans le succès reproducteur des hirondelles, de 50 % dans l’abondance et la diversité des libellules, de 34 % dans l’abondance des invertébrés des roselières servant de nourriture aux passereaux paludicoles, et de 52 % dans l’abondance de six espèces d’oiseaux d’eau selon des comptages mensuels réalisés de 2000 à 2015. » Ces impacts s’expliquent en partie par le fait que les moustiques, mais aussi d’autres diptères touchés par le Bti comme les chironomes, constituent une source de nourriture primordiale pour de nombreuses espèces de Camargue. Jugé trop coûteux pour un « résultat moyennement satisfaisant », le Bti est généralement épandu dans les milieux naturels producteurs de moustiques, comme la sansouire, qui « couvrent des milliers d’hectares autour des villes et hameaux de Camargue ». Cette pratique a été rejetée par les habitants locaux, qui préfèreraient qu’une barrière contre les moustiques soit créée autour des zones urbanisées, c’est-à-dire là où la nuisance est ressentie.

Disponibles sur le marché depuis plusieurs années, les pièges à moustiques pourraient bientôt s’avérer une alternative plus écologique au Bti. Imitant l’odeur de la transpiration humaine et dégageant du CO2 « comme un homme au repos », ils aspirent les moustiques dans un filet intérieur. S’inspirant de ces pièges à usage individuel, deux ingénieurs, Simon Lillamand et Pierre Bellagambi, ont breveté le prototype Qista, produit par la société Techno BAM (Borne Anti-Moustique), qui diffuse du CO2 issu de fermes agricoles et recyclé. En Avril 2016, une ceinture de 16 bornes Qista « intégrées au mobilier urbain du hameau du Sambuc, au coeur de la Camargue », a été installée sur 1,5 km de voie publique jusqu’à Novembre 2016. « Ces pièges ont permis de capturer 299 408 moustiques de neuf espèces différentes, et de réduire globalement le risque de piqûres de 70,5 %, commente la Tour du Valat. […] Ce dispositif semble avoir une efficacité comparable au Bti », pour un coût moindre et un impact réduit sur la biodiversité.

Le dispositif, qui a vocation à s’étendre à d’autres sites de Camargue, va être retravaillé afin d’améliorer l’efficacité des pièges contre les moustiques anophèles, particulièrement abondants en fin d’été. Les ingénieurs vont également chercher à quantifier « les paramètres environnementaux influençant leur performance (exposition au soleil, au vent, végétation à proximité, etc.) » afin que chaque piège capture autant de moustiques que les autres.