Réserves marines : trop peu, mal situées…

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Un article paru dans Nature Communications montre que les pays les plus dépendants de la pêche côtière reçoivent le moins de larves de poissons issues des réserves marines et essentielles au maintien des espèces exploitées.

Les réserves marines interdisant les activités de pêche et protégeant les populations de poissons exploitées ailleurs couvrent moins de 1 % des zones côtières mondiales. Les individus matures y abondent et sont sources de larves qui vont se disperser au gré des courants, parfois jusqu’à plus de 400 kilomètres en dehors des réserves. « La dispersion larvaire soutient donc un autre type de bénéfice issu des réserves marines : ensemencer les zones de pêche pour y favoriser le maintien des espèces exploitées et ainsi assurer une activité économique, voire une sécurité alimentaire pour certains pays », soutiennent dans un communiqué des chercheurs de l’École Pratique des Hautes Études, de l’Institut pour la Recherche et le Développement (IRD), de l’Université de Montpellier et du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).

Cette potentielle exportation de larves depuis les réserves marines dépend cependant entre autres de la distribution géographique de ces dernières et des types de courants marins. Dans une étude publiée dans Nature Communications, ces chercheurs ont simulé l’export de larves par les réserves, en se fondant sur les caractéristiques générales des poissons récifaux et la courantologie de surface de l’océan global, afin de mieux connaître les zones qui profitent potentiellement le plus de cette dispersion larvaire. « Le premier constat de cette étude est que les réserves marines sont inégalement réparties à travers les océans, précisent-ils dans le communiqué. Très présentes autour de l’Europe, ou encore entre l’Australie et la Nouvelle-Calédonie par exemple, elles présentent un fort déficit dans les pays du Sud, notamment en Afrique. En conséquence, l’exportation de larves est donc bien plus prononcée dans l’hémisphère Nord et pour les pays développés au fort engagement environnemental comme l’Australie. »

Les chercheurs ont ensuite établi le lien entre cet ensemencement potentiel en larves de poissons depuis les réserves et un indice de dépendance à la pêche qui tient compte de l’économie et de la situation alimentaire des pays. Ils montrent que les pays les plus dépendants de la pêche côtière – par exemple la Guinée-Bissau ou le Sénégal en Afrique de l’Ouest et le Kiribati ou les Samoa dans le Pacifique équatorial – reçoivent le moins de larves des réserves marines.

« Ces résultats mettent en évidence l’inadéquation du système global de réserves marines avec les besoins de réensemencement en larves principalement localisés dans les pays du Sud », conclut le communiqué. Les scientifiques suggèrent en conséquence que la dispersion larvaire soit prise en compte pour optimiser l’emplacement des futures réserves, afin de mieux concilier conservation, exploitation et sécurité alimentaire.