Nage avec les dauphins : risques pour les cétacés et les hommes

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Dauphins communs
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Plusieurs associations écologistes se sont alarmées du danger que représenterait le développement des activités de « nage avec les dauphins » pour les cétacés de Méditerranée, appelant à y mettre un terme. Un risque que contestent les professionnels.

Nageaveclesdauphins.com, Cala Rossa Dream… Pratiquées par au moins 5 opérateurs, au départ de ports de la Côte d’Azur, les excursions pour nager avec les dauphins sauvages, au large, connaissent « un véritable succès » en Méditerranée française, et « perturbent fortement les animaux ciblés », s’alarment les associations, dont France Nature Environnement (FNE). « Cette pratique consiste à placer les clients dans l’eau à proximité immédiate des cétacés (dauphins, baleines et cachalots) préalablement traqués par des avions de repérage à basse altitude », indiquent-elles dans un communiqué. Rappelant qu’aucune licence n’est exigée des opérateurs et que peu de réglementations existent, les associations affirment que ces activités ne font que s’ajouter au cortège des autres menaces d’origine humaine : le bruit, la pollution, la raréfaction des ressources alimentaires, etc.

Le « whale watching » traditionnel, c’est-à-dire l’observation de mammifères marins depuis un bateau, n’est pas visé par ces critiques, car suffisamment règlementé par la loi selon FNE. Mais la « nage avec des dauphins » constitue un « harcèlement » contre ces animaux, en plein sanctuaire marin « Pelagos », une vaste zone de Méditerranée où ils sont protégés. « Les tentatives d’approches contraintes et de mises à l’eau peuvent se prolonger des heures durant, provoquant un stress intense et durable chez les cétacés. Renouvelées pendant des mois, ces opérations diminuent la capacité de survie des groupes de cétacés qui les subissent », explique Alexandre Gannier, président du Groupe de Recherche sur les Cétacés (GREC) et expert scientifique reconnu de l’écologie de ces animaux. « L’immersion d’un homme à proximité d’un cétacé provoque généralement l’interruption de l’activité d’alimentation et de reproduction de l’animal ou encore l’éclatement du groupe et la séparation des nouveau-nés et de leurs mères », décrivent encore les associations dans leur communiqué. Pour les cétacés en période de mise-bas ou d’élevage de nourrissons, le stress augmente le risque de mortalité infantile. Mais le danger concernerait également « le client qui, dans la plupart des cas, méconnaît totalement le milieu et les mammifères marins ». Sauvages, peu ou pas du tout habitués à rencontrer des êtres humains, les cétacés sont susceptibles de développer des comportements dangereux dont les signaux avant-coureurs ne sont pas compris par les touristes.

FNE, le GREC, la Fondation pour la Nature et l’Homme, Souffleurs d’Ecume et SOS Grand Bleu veulent sensibiliser les touristes aux dangers de cette pratique et ont lancé une pétition appelant Emmanuel Macron à la faire interdire. A minima, « nous demandons que les sanctions et les contrôles soient renforcés » précise à l’AFP François Piccione, de FNE, qui reconnaît que l’impact sur les dauphins est difficile à mesurer, faute d’étude chiffrée. La sujet est pris « très au sérieux », a réagi auprès de l’AFP la préfecture maritime de la Méditerranée, rappelant que la législation interdisait de perturber volontairement ces animaux. Pourtant, dans les faits, peu de sanctions sont prises contre les opérateurs qui, de par leur activité, perturbent les mammifères marins. La première condamnation en France est survenue le 28 avril dernier, lorsque le tribunal de Papeete (Polynésie française) a condamné deux opérateurs pour avoir harcelé des baleines. Des « lettres de rappel vont être envoyées prochainement » aux professionnels, avec lesquels une charte de bonne conduite avait été établie, a ajouté la préfecture maritime de la Méditerranée, soulignant par ailleurs que la constatation d’infractions, en pleine mer, restait difficile. Les accusations des associations sont toutefois balayées par les professionnels, explique à l’AFP Isabelle Frémont, exploitante d’un bateau, selon qui seules trois sociétés sont en activité en Méditerranée. « Il n’y a danger ni pour les dauphins, qui adorent jouer dans les vagues des bateaux, ni pour les participants, assure-t-elle. Ces associations, pour avoir des subventions, doivent montrer qu’elles protègent les dauphins. Du coup, elle s’acharnent sur nous », grince-t-elle.