Un état de santé des écosystèmes français

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Le rapport Efese, publié par le CGEDD (Commissariat général à l’environnement et au développement durable) évalue les écosystèmes et les services écosystémiques de métropole et d’outre-mer, terrestres et marins.

Initiée en 2012 par le ministère, l’évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques (Efese) regroupe un ensemble de travaux d’évaluation qui portent sur les écosystèmes et les services écosystémiques à différentes échelles.

L’Efese vise à construire des outils robustes et cohérents pour que les enjeux de protection et de conservation des écosystèmes et de la biodiversité soient perçus par l’ensemble des acteurs. Elle fournit un appui à la stratégie nationale pour la biodiversité et à la stratégie nationale de transition écologique vers un développement durable. Elle constitue par ailleurs une réponse aux engagements internationaux de la France vis-à-vis de la convention pour la diversité biologique et s’articule avec un ensemble d’évaluations menées à différentes échelles.

Le rapport interédiaire de l’Efese, publié le 27 décembre, met en avant dix « messages essentiels » à l’intention des décideurs politiques et économiques :

  1. Le bien-être des Français et la prospérité du pays dépendent de la nature, de sa biodiversité et de ses écosystèmes. Nous dépendons d’eux pour produire notre nourriture, réguler les réserves d’eau et le climat, ou encore décomposer les déchets. Nous apprécions aussi les écosystèmes de façon moins matérielle : le contact avec la nature procure du plaisir, est source de loisirs, et reconnu pour contribuer au maintien d’une bonne santé. Les forêts françaises participent à l’économie nationale grâce à la production de bois dont la seule valeur marchande pèse près de 2 milliards d’euros par an, mais aussi à la récréation de millions de citadins et de ruraux dont on estime qu’ils dépensent plus de 2 milliards d’euros par an pour se rendre dans les forêts à des fins récréatives. Les récifs coralliens contribuent à la protection côtière en évitant des dommages évalués à près de 0,6 milliard d’euros par an. La part de la production végétale destinée à l’alimentation humaine que l’on peut attribuer aux insectes pollinisateurs représente en France en 2010 une valeur comprise entre 2,3 et 5,3 milliards d’euros par an.
  2. Les Français retirent également de nombreux biens et services d’écosystèmes qui s’étendent au-delà de nos frontières. Leurs comportements peuvent donc avoir un impact sur ces écosystèmes. C’est par exemple le cas de la consommation de produits de la mer qui reste composée à 87 % de produits importés. C’est aussi le cas de la régulation du climat mondial. Le bien-être des Français dépend donc également de l’état des écosystèmes mondiaux.
  3. Des évolutions préoccupantes affectent de nombreux écosystèmes français et leur biodiversité, en dépit d’améliorations notables permises par les politiques publiques et la mobilisation des acteurs. Exemple d’amélioration notable : la pollution des cours d’eau par les matières organiques et phosphorées a nettement diminué depuis une dizaine d’années. Exemples de situations préoccupantes : le déclin des populations d’insectes pollinisateurs est avéré ; 87 % des habitats d’eaux douces sont dans un état de conservation défavorable ; les surfaces de prairies et de zones humides ont fortement diminué ces dernières décennies.
  4. Il est probable que la dégradation des écosystèmes et de leur biodiversité réduise leur capacité à fournir durablement la plupart des services écosystémiques essentiels.
  5. La destruction et la fragmentation des habitats naturels, la pollution de l’air, de l’eau et des sols, la sur-exploitation des ressources biologiques, le changement climatique et l’introduction et la dissémination d’espèces exotiques envahissantes sont à l’origine des changements importants actuels et futurs des écosystèmes français et de leur fonctionnement. Ces pressions peuvent représenter des coûts significatifs pour la société française. C’est par exemple le cas des espèces exotiques envahissantes, pour lesquelles le coût a été évalué a minima à 38 millions d’euros par an en France, à la fois en termes de dépenses publiques et de dommages occasionnés.
  6. Ces facteurs de changement directs ont été largement conditionnés par des changements profonds de la société française au cours des 50 dernières années : croissance démographique et économique, urbanisation et artificialisation des sols, augmentation du niveau de vie, augmentation de la consommation, déprise agricole et intensification simultanée des pratiques agricoles, relâchement du lien à la nature de populations plus urbaines. Du fait de ces évolutions, la capacité des écosystèmes français à délivrer un certain nombre de biens et de services dans la durée tend à décroître. Elle est également fortement compromise par les perspectives de changements climatiques qui font peser des risques d’évolutions irréversibles des écosystèmes.
  7. Les actions et les décisions prises aujourd’hui auront des conséquences y compris sur le très long terme pour les écosystèmes, les biens et services écosystémiques et le bien-être des Français. Donner des valeurs économiques et sociales aux services écosystémiques de manière plus complète pourrait contribuer à une meilleure intégration de la biodiversité dans les politiques sectorielles et à dessiner des pistes d’amélioration nouvelles pour un futur plus soutenable, dans la mesure où la destruction d’écosystèmes est mieux comprise comme une destruction de valeur pour la société dans son ensemble.
  8. La marche vers un développement durable exige de réduire les pressions sur les écosystèmes par la combinaison adaptée d’actions de politique publique, de technologies, d’investissements financiers et d’éducation, ainsi que des changements dans les comportements individuels et collectifs et l’adoption d’une approche plus intégrée de la gestion des écosystèmes, remplaçant l’approche sectorielle classique.
  9. L’existence de solutions gagnant-gagnant est avérée. Il s’agit notamment de solutions fondées sur la nature pour atténuer les effets du changement climatique et s’y adapter, assurer la dépollution ou pour nous protéger contre les inondations.
  10. La connaissance des multiples valeurs des écosystèmes français et de leurs services doit encore progresser.

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