8 Français-es sur 10 pensent que l’expertise scientifique doit guider les politiques climatiques même si les mesures proposées sont impopulaires. 7 sur 10 affirment que le changement climatique a déjà des conséquences dans leur vie quotidienne ou en aura d’ici 10 ans. 5 sur 10 estiment qu’entre l’environnement et le pouvoir d’achat, il est préférable de défendre l’environnement.
C’est assez clair, non ? Ces chiffres ne sont pas extraits du cerveau torturé d’on ne sait quel sociologue écoterroriste, on les trouve sur le site gouvernemental notre-environnement.gouv.fr (étude annuelle Environnement et climat : opinions des Français, vague 2024).
En bonne logique démocratique, voilà qui devrait guider les réflexions et les décisions des députés qui tentent de nous concocter un budget pour 2026, non ? On pourrait imaginer, par exemple, qu’une fiscalité alourdie pour les opérateurs qui développent des projets de production d’énergies fossiles puisse à la fois les inciter à des comportements plus vertueux et contribuer à la réduction du déficit public. Voilà qui paraît relever du plus élémentaire « bon sens », que les politiques invoquent à tout bout de champ.
Sauf que… non.
C’est que, voyez-vous, il serait malséant de chagriner les entreprises, notamment françaises, qui s’emploient à aggraver les émissions de gaz à effet de serre. La coalition d’ONG CarbonBombs.org a recensé plus de 2000 projets fossiles, susceptibles de rejeter 522 milliards de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, soit environ trois fois et demie le budget carbone restant à l’humanité pour limiter le réchauffement global de la planète à 1,5 °C ! Relisez doucement… Parmi les porteurs de ces projets scandaleux, TotalEnergies figure à la troisième place mondiale, avec 107 projets qui pourraient émettre 5 milliards de tonnes de CO2 (plus de 12 fois les émissions annuelles de la France !). Quant aux banques françaises, BNP-Paribas, Société Générale et le Crédit agricole figurent parmi les premiers financeurs des entreprises qui portent ces projets délirants.
Avec un bel ensemble, les scientifiques alertent sur l’issue inéluctablement catastrophique, pour toutes les espèces vivantes dont la nôtre, de ces investissements. Huit Français-es sur dix estiment qu’il faut de toute urgence les écouter. Par une mathématique insondable, tous nos parlementaires font partie des deux Français-es sur dix qui s’en foutent.

