« La ferme, Assurancetourix ! »

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Donc, Los Angeles est en flammes, Rennes submergée, et l’Irlande largement privée d’électricité. Pendant ce temps, Donald Trump se plie complaisamment à toutes les injonctions de la mafia pétrolière, et 192 sénateurs français, sentant sur leur tempe le revolver brandi par les parrains de la FNSEA et de la Coordination rurale, signent une proposition de loi visant à démanteler les timides barrières qui tentent d’encadrer le délire productiviste de l’agro-industrie, dans une forme de politique de la terre brûlée tout aussi radicale que les méga-feux californiens.

Bref, tout va bien…

Une réalité désagréable pourrait rattraper très vite ces décideurs insensés : qui voudra encore, dans les années à venir, assurer des biens ou des terres soumis à des catastrophes toujours plus fréquentes, et toujours plus violentes ? Le métier d’un assureur consiste à estimer un risque et à en assurer la couverture. Un risque, c’est un aléa (la probabilité que survienne un événement) multiplié par un enjeu (le coût de cet événement lorsqu’il survient). Or la folie extractiviste promue tant par Trump que par nos sénateurs a pour effet rendre les événements catastrophiques toujours plus fréquents, et toujours plus violents. Probabilité en hausse, enjeux toujours plus massifs : le combo parfait…

En Californie, les primes d’assurance ont bondi de 43 % entre 2018 et 2023, et de nombreuses compagnies d’assurance se sont carrément retirées de cet État. On les comprend : si entre 2004 et 2013, 653 structures en moyenne ont été détruites chaque année par des incendies dans l’État, ce chiffre s’est élevé à 5 669 entre 2014 et 2023. Près de 10 fois plus ! En France, 18,5 millions d’habitants (26,7 % de la population) et 10,5 millions de logements (28 % du total) sont exposés aux risques d’inondation par submersion marine et/ou débordement de cours d’eau. Qui pourra encore, demain, contracter des assurances au coût forcément prohibitif ? Et si les biens ne sont pas assurables, qui voudra encore les acheter, au risque de tout perdre ? Si les néonicotinoïdes sont à nouveau autorisés, quel apiculteur trouvera encore un assureur pour son exploitation ? Cette réalité porte en germe un effondrement économique brutal, que le Sénat choisit délibérément d’ignorer.

Une bonne et une mauvaise nouvelle pour terminer ? La mauvaise, c’est que certains territoires sont vulnérables à la foisau risque d’incendie et au risque d’inondation.

La bonne, c’est que les deux surviennent rarement en même temps…