La paille et la poutre

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Il faut vraiment penser à tout, quand on est président des Etats-Unis d’Amérique. Le lundi 10 février, Donald Trump n’a rien trouvé de plus urgent que de signer un décret imposant dans toutes les administrations fédérales l’utilisation de pailles en plastique, et interdisant l’achat de pailles en papier. Niant les dangers que le plastique représente pour la vie marine, Trump a lancé, bravache : « Je ne pense pas que le plastique affecte beaucoup les requins lorsqu’ils se frayent un chemin dans l’océan. »

L’ennui, c’est que tous les travaux scientifiques de ces vingt dernières années démontrent exactement le contraire : la débauche de plastique dans notre vie quotidienne constitue une menace létale pour la vie marine, et la décision prise par l’administration Biden de privilégier désormais l’usage de pailles en papier constituait un tout petit pas dans la voie d’une réorientation de nos pratiques.

Un tout petit pas, mais hautement symbolique. C’est précisément à ce symbole que Trump a voulu s’attaquer. Dénonçant « une campagne irrationnelle » contre le plastique, il a envoyé un message très clair : c’est désormais le pouvoir politique qui dicte toute vérité, y compris scientifique.

Dès lors, pourquoi financer des recherches susceptibles de contredire la doxa trumpienne ? Déjà, pendant le premier mandat de Trump, plus de 150 cas de censures de travaux scientifiques avaient été documentés, dont plus de 70 % concernaient des travaux sur le dérèglement climatique. On est ce coup-ci dans un saccage de bien plus grande ampleur : le complice de Trump, Elon Musk, a annoncé le licenciement immédiat de dizaines de milliers de chercheurs dans les agences scientifiques fédérales. Le budget de la National Science Foundation est réduit de 70 %, et une liste de 3400 travaux en recherche en cours qui doivent être abandonnés au motif qu’ils relèvent de la « propagande néo marxiste » a été publiée.

Nous n’en sommes pas là en France, mais… En février 2024, parce qu’une publication de l’INRAe (recherche agronomique) avait déplu aux forcenés de l’agro-industrie, le vice-président de la FNSEA exigeait que l’institut soit placé « sous contrôle politique ». Et le président des Républicains, Laurent Wauquiez, relayait complaisamment cette demande.

Avec une poutre dans chaque œil, comment verrons-nous les ravages de la paille dans l’œil des requins ? Une société aveugle où la propagande tient lieu de connaissance, c’est bien le rêve de tous les fascismes.