Par Jean-Philippe Grillet – Rares sont les livres portés à ce point par la beauté, la force de leur écriture. Ce sont elles qui permettent à l‘histoire d’Arden, de Jeff et de la narratrice, de prendre forme. Quelque part au nord de l’Amérique du nord, Arden et Jeff gèrent un refuge qui tente de redonner vie à des animaux blessés : opossums, renards, biches, loutres et autres vont ainsi retrouver leur existence sauvage. La narratrice, en quête d’un avenir nouveau, les rejoint, découvre leur activité et s’installe avec eux. Pour partager un quotidien où dominent le silence entre eux et la nature sauvage alentour. Dont elle s’efforce de déchiffrer les odeurs, chants et cris, une vie sans cesse surprenante. Elle affirme aller en forêt pour écouter et composer(son) herbier mental de sons sauvages. (…) Je ne peux pas croire que ce qui se joue dans la nature n’est que survie, reproduction, naissance, prédation et mort. Il y a autre chose, j’en suis persuadée, affirme-t-elle.
Peu à peu, les trois personnages développent des liens forts et complexes qui vont les mettre sur un chemin inattendu, émouvant. La narratrice découvre ainsi l’amour pour la première fois, l’amour qui déborde, qui défait, qui entre par effraction.
À lire lentement, chaque phrase vaut d’être goûtée.
Jean-Philippe Grillet
Border la bête, Lune Vuillemin, éditions La Contre Allée, 2024, 192 pages, 19 €


