Le maire et les boules de Noël

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« 78,3 % des écologistes biterrois [habitants de Béziers] achètent des boules de Noël fabriquées en Chine » : sans la vigilance du maire de Béziers Robert Ménard (qui s’est longtemps déclaré journaliste et a fondé, il y a très, très longtemps, Reporters sans Frontières), cette nouvelle capitale nous aurait échappé ! Cette « brève » s’affichait en période de fêtes sur L’Appel, le dazibao (journal mural) made in Béziers placardé à grands frais par la mairie sur les panneaux publicitaires de la ville.

Admirons la précision du chiffre, jusqu’à la décimale. Et la qualité des fichiers de la Ville de Béziers, qui sait apparemment, à l’unité près, qui est écologiste et qui ne l’est pas, et ce qu’achètent les citoyens de la commune. Bluffant, non ? Ou bien… terrifiant ? Ou… pitoyable ?

Cette façon de stigmatiser gratuitement une partie de la population pour élever contre elle une supposée majorité silencieuse est consubstantielle aux régimes fascistes, qui ont un impérieux besoin de fabriquer un ennemi intérieur pour fédérer les « bons » citoyens, ceux qui sont prêts à suivre aveuglément le leader. En s’en prenant, à grand renfort de fake news délirantes, aux « écologistes », Ménard révèle l’inconscient de l’extrême-droite : l’ennemi c’est l’écolo qui, prétextant que notre frénésie consommatrice nous conduit à la catastrophe, prétend s’en prend à notre mode de vie « traditionnel ».

Outre-Atlantique, les nominations de Donald Trump, dont celle d’Elon Musk qui a pour mission de démanteler les agences de contrôle, notamment environnementales, va exactement dans le même sens.

Il n’est guère rassurant, à cet égard, que M. Bayrou ait développé une rhétorique similaire dans son discours de politique générale, fustigeant les agents de l’Office français de la biodiversité de faire leur travail, ou que le Sénat envisage très sérieusement de supprimer les crédits de l’ADEME, l’agence de la transition écologique.

Dans un court essai opportunément réédité, Reconnaître le fascisme[1], Umberto Eco listait 14 signaux d’alerte permettant de déceler si un courant de pensée est fasciste :
Trump coche méticuleusement plusieurs de ces cases. Ménard pas vraiment, mais à surveiller. La journaliste Françoise Giroud, à quoi l’on faisait observer que « Le Pen, ce n’est tout de même pas Hitler », répliqua « C’est vrai. Mais en 1933, Hitler non plus n’était pas Hitler ». Avec Trump, serions-nous en 1933 ?

[1] Reconnaître le fascisme, Umberto Eco – Les Cahiers rouges, Grasset, 7, 90 €