Il y a deux types de sondages d’opinion : ceux qui enchantent tout ou partie de la classe politique (ou au moins la fraction de celle-ci qui les a commandés), et ceux qui mettent en évidence la fracture béante entre cette classe politique et ce que pensent réellement les citoyennes et les citoyens. Ceux de la première catégorie sont repris en boucle comme des mantras, les autres sont promptement escamotés, ni vu ni connu.
L’étude IPSOS/BVA rendue publique le 15 octobre appartient clairement au deuxième groupe, celui des sondages traités comme des maladies honteuses de l’opinion. Que révélait-il ? Que 93% des Françaises et des Français estiment que les événements climatiques augmentent (sans blague ?). Que 91% considèrent que ces événements sont liés au changement climatique et 89% se déclarent inquiets par cette hausse.
Que 68 % des Françaises/Français estiment qu’Emmanuel Macron n’est pas allé assez loin en matière d’écologie et de lutte contre le changement climatique (sans blague ?).
Qu’une majorité (56%) estime que l’écologie doit faire partie des axes prioritaires du prochain gouvernement, que 67% sont favorables à une accentuation par l’État de la planification écologique, même si cela engendre un coût important pour les finances publiques.
Et qu’ils plébiscitent les mesures en faveur de l’écologie que le gouvernement démantèle sans désemparer : 78% sont ainsi en faveur de la limitation de l’usage des pesticides, 75% en faveur du développement des énergies renouvelables sur le sol français, 89% en faveur du développement des panneaux solaires sur les bâtiments déjà construits, 87% se disent favorable au maintien de l’objectif Zéro Artificialisation Nette.
Ça, c’est ce que souhaite le peuple. Ce que racontent les politiques, c’est une tout autre histoire : que l’opinion se détournerait des préoccupations écologiques, que les priorités sont désormais ailleurs, et qu’il est urgent de ne pas déranger le sommeil des possédants pour répondre aux aspirations des gueux. Bref, comme l’aurait dit Fernand Raynaud, aux yeux de la classe politique « l’écologie, ça a eu payé, mais ça paie plus ».
« La politique, c’est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire », selon la formule attribuée à Richelieu. Que penser d’une caste politique claquemurée dans son déni et qui s’emploie à tourner le dos au nécessaire ?

