C’est compliqué, l’économie…

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Pour ramener à l’équilibre le budget de la Santé et les comptes de la Sécu, il suffirait d’arrêter d’être malades. Ou juste de l’être un peu moins.  Simple, non ? Eh bien, on n’en prend pas le chemin… D’ici 1935, on s’attend à constater 500 000 nouveaux cas de cancers chaque année en France, contre « à peine » 300 000 en 2017. Depuis 1980, les cas ont augmenté de… 254 % !

C’est le moment de reparler du glyphosate, cet herbicide couramment utilisé dans l’agriculture industrielle (en particulier en arboriculture et en viticulture). En 2015, le Centre international de recherches sur le cancer (CIRC), qui dépend de l’ONU, a classé le glyphosate comme « cancérigène probable pour l’humain », après avoir complié des centaines d’études scientifiques indépendantes.

En panique, les dirigeants de l’entreprise américaine Monsanto, qui génère grâce au glyphosate des bénéfices colossaux (elle a été rachetée par l’Allemand Bayer) ont tenté d’allumer des contre-feux. L’un d’eux a benoitement proposé dans un mail interne de contacter des scientifiques qui « verraient leur nom figurer sur la publication, mais nous réduirions les coûts en rédigeant nous-mêmes le texte et ils n’auraient qu’à apposer leur signature, pour ainsi dire ». Et l’auteur du mail précise : « c’est ainsi que nous avons procédé » pour un article publié peu de temps avant dans la revue Regulatory Toxicology and Pharmacology. Cet article qui innocentait le glyphosate a été largement relayé par Monsanto et a conduit les autorités sanitaires européennes et américaines à autoriser largement la molécule, en s’asseyant sur l’avis du CIRC. La semaine dernière, la revue a pris acte du bidonnage et a dépublié cet article de complaisance, qui figure parmi les plus cités dans les recherches sur le glyphosate.

On a là un exemple chimiquement pur de la stratégie de désinformation assumée par une multinationale de la mort lente. Dans un monde idéal, cet aveu devrait conduire les agences de régulation à reconsidérer de toute urgence leur position et à interdire séance tenante le glyphosate.

Oui, mais voilà : si on cesse d’attraper des cancers à tire-larigot, on vivra plus longtemps. Ce qu’on gagnera sur le budget de la Sécu, on le perdra sur celui des retraites. C’est compliqué, l’économie…