Un voyage vers le Grand Nord (épisode 4‑/6)

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Episode 4 : Rencontres au pays Sami

Aujourd’hui, il y a deux cabanes sur notre route, une assez proche et une autre un peu plus loin. La première est inscrite sur la carte papier avec cette description : turf hut (cabane en tourbe). Pour y arriver, nous traversons la partie la plus élevée du plateau, avec des sommets ronds à plus de 600 mètres d’altitude. Là, plus aucun bouleau ne pousse. Le regard se porte au loin, essayant de trouver une fin à ce désert blanc. Dans un vallon à peine esquissé, la brume flotte et brouille les distances. Tiens, voilà des traces de rennes. Ils ont de gros sabots larges qui leur permettent de ne pas trop s’enfoncer dans la neige. Ils passent leur temps à creuser dans celle-ci pour y dénicher du lichen, et se reposent roulés en boule, laissant derrière eux des creux irréguliers. J’ai l’impression d’entendre un bruit, une sorte de vrombissement et peut-être même des voix. Cela fait quatre jours que nous n’avons croisé personne. J’aperçois maintenant les motoneiges et leurs conducteurs au loin. Ils sont sans doute là pour les rennes.

Nous descendons de ce haut plateau et retrouvons les premiers bouleaux. Il y a de plus en plus de traces de rennes.

— On va peut-être voir le troupeau !

La mystérieuse cabane en tourbe est dissimulée au pied d’une bosse entre des bouleaux à l’écorce rosée. Je ne peux contenir ma joie en découvrant une petite habitation de lutin, aux grossières briques de tourbe recouvertes d’herbes et de neige. Même si nous n’avons fait que neuf kilomètres, il faut absolument dormir ici ! Gabriel se laisse convaincre sans mal. Nous ôtons nos harnais, rentrons nos sacs de pulka à l’intérieur (comme dans les autres cabanes, il y a deux larges bat-flancs, une table, deux bancs, un poêle et deux brûleurs à gaz) et ressortons explorer les alentours. Il est tôt, nous avons le temps. Je visite un à un les abris en bois tout neufs qui entourent la hutte principale : deux toilettes sèches, la remise pour les sacs de buches, la hache et le billot, une sorte de minuscule cabane qui sert peut-être de barbecue l’été… Gabriel crie quelque chose, je relève la tête. Des rennes ! Le troupeau entier qui traverse plein sud à une centaine de mètres de la cabane. Je n’en reviens pas. Ils sont des centaines, ils courent derrière le renne de tête, creusant un immense sillon dans la plaine. Derrière, les hommes en motoneige déboulent et viennent nous saluer. L’un d’eux, le plus jeune, toque de fourrure sur la tête comme ses aînés, yeux bleus, parle anglais. Il nous apprend qu’ils rassemblent les deux mille rennes et les descendent jusqu’à Karigasniemi, là où sont installées les barrières qui leur permettront de séparer les bêtes en plus petits troupeaux (chacun appartenant à une famille Sami). Je suis heureuse de croiser ces hommes, descendants directs du peuple Sami qui vit ici depuis des siècles, peuple nomade qui suivait chaque année la migration des rennes, pour en consommer la chair, parfois le lait et se vêtir. Maintenant, ils habitent comme tout le monde dans des maisons en dur et s’occupent de leurs bêtes à la journée, grâce à leurs motoneiges puissantes. Ils repartent à la suite du grand troupeau en nous souhaitant bonne route, à nous qui mettrons trois jours avant d’arriver à Karigasniemi, qu’ils atteindront en deux heures.

Eve S. Philomène

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